Pouvez-vous m’indiquer votre métier et me décrire brièvement en quoi il consiste ?

Je suis avocate en droit du travail. En droit du travail, qu’est-ce qu’on fait ? On fait du conseil et du contentieux. On fait beaucoup de conseil, pour les employeurs essentiellement, peu pour les salariés. Ça arrive, c’est plus anecdotique. Et du contentieux pour les deux parties puisque ce sont les deux parties qui s’opposent lorsqu’il y a un contentieux en droit social.

Avez-vous imaginé faire ce type de métier quand vous étiez enfant ?

Pas nécessairement. Je vous mentirais si je disais que j’avais une vocation étant enfant à devenir avocat. Ce n’est pas vrai. J’ai toujours eu envie de faire quelque chose pour l’autre, pour les autres. Il y a mille métiers qui permettent de faire ça. Je n’avais pas beaucoup d’avocats autour de moi, voire pas du tout. J’anticipe un peu sur votre question suivante, je suis désolée, mais je n’ai pas évolué dans un domaine juridique autour de moi. Je suis arrivée là un petit peu par hasard. Pour tout vous dire, je m’étais inscrite après le bac en pharmacie et en droit. La fac de pharma m’a dit « Ce n’est pas pour vous » et je suis arrivée en droit. Ça m’a plu, j’ai continué, je suis allée au bout et à partir du moment où j’étais lancée, je me suis dit, je ne m’arrête plus.

Pouvez-vous me décrire votre parcours d’étudiante ?

J’ai commencé à Assas, Paris II. Je suis allée jusqu’à la maîtrise de droit privé et j’ai enchaîné sur un master 2 à Sceaux spécialisé en droit du travail et je me suis inscrite à l’IEJ, j’ai passé le barreau. Parcours relativement classique. J’ai eu le barreau la deuxième fois. On ne réussit pas toujours la première fois.

Y a-t-il eu un déclic pour orienter ce parcours dans le sens où vous avez commencé le droit et après, pour vous orienter sur votre spécialité ?

Oui. J’ai fait une maîtrise de droit privé général avec pas forcément de spécialisation et après ma maîtrise, j’ai eu l’occasion de faire un stage chez « Yahoo ! », un site Internet. Je suis arrivée là un peu par hasard, au sein du service des ressources humaines. J’y ai passé presque six mois et j’ai découvert ce domaine du droit du travail, du droit social, de l’humain. Je me suis orientée vers le droit du travail après avoir fait ce stage dans lequel je me suis beaucoup retrouvée.

Y a-t-il eu un mentor, une personne qui vous a fortement influencée durant ce stage ou dans vos études ?

Un mentor, je ne pense pas parce que je suis toujours restée indépendante dans mes choix. C’est vrai que j’ai eu au sein de ce stage chez « Yahoo ! », un maître de stage qui s’appelle Pauline De Villeneuve, qui m’a beaucoup épaulée, beaucoup orientée et dont je garde un merveilleux souvenir. J’avais aussi fait la formation « Le cycle de la défense pénale » parce que j’avais hésité avant de faire du droit du travail entre le droit pénal et le droit du travail. Pour moi, ce sont deux domaines portés vers l’humain contrairement à d’autres domaines du droit. J’avais fait cette formation et j’ai rencontré à l’occasion de cette formation Christian Saint-Palais qui est un très grand pénaliste et qui m’avait marquée dans son approche du droit, dans son approche de la profession d’avocat et j’avoue avoir hésité. Je me suis dit « Est-ce que je fais le bon choix vers le droit du travail ? ». J’étais lancée dans le droit du travail, le droit pénal, pour moi à l’époque, c’était une montagne, je me suis dit « Désolée Christian, je vais suivre mes premiers amours ».

Quels conseils auriez-vous à donner à un étudiant qui souhaite devenir avocat et qui souhaiterait suivre votre exemple ?

Il y a beaucoup de conseils à donner à un étudiant. D’abord, je pense que c’est une profession qu’il faut aimer. Ce n’est pas une profession que l’on fait à titre purement alimentaire. Il y a un investissement qui est lourd, qui est dense, on met beaucoup de soi, de sa personnalité quand on plaide, quand on choisit une stratégie. On y met du cœur et on y met une part de nous. Si c’est un métier qui ne nous plaît pas à la base, il faut changer. Clairement, il faut y trouver un intérêt. Pour savoir si c’est un métier qui nous plaît, je pense qu’il faut faire des stages, il faut rencontrer du monde, il faut se renseigner, il faut échanger, il faut poser des questions. On a beaucoup de stagiaires qui passent au cabinet et on essaye de leur transmettre ce qui nous plaît dans ce métier. Il faut aussi s’accrocher. La fac, c’est sympathique, ça reste cool, mais il y a un examen du barreau qui est dense donc, il faut bosser. S’il y a un moment dans leur vie d’étudiant où il faut bosser, c’est celui-là. S’accrocher aussi les premières années de métier, parce que les cinq premières années sont denses.

Quel jour avez-vous prêté serment et quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai prêté serment le 3 décembre 2008. J’en garde un excellent souvenir. À l’époque, on était très nombreux dans la salle. On était dans la première chambre de la cour d’appel, on était tous collés les uns aux autres, c’était une belle époque et on en garde toujours un souvenir merveilleux. Autant, le moment où l’on prête serment est très rapide, on passe tous un peu à la chaîne, mais on a l’impression de rentrer dans une communauté, dans un ordre. D’appartenir à quelque chose de très grand, quand nous, on est tout petit avocat au début et on grandit au sein de cet ordre, de cette communauté. C’est un moment dans la vie d’un avocat qui marque et qui marque le début d’une vie.

Dans quel type de structure avez-vous commencé vos activités et quel était votre rôle ?

Avant de me mettre à mon compte, j’ai été collaboratrice dans trois structures différentes. Une première dans laquelle je ne suis pas restée longtemps, qui était une très grosse structure en droit social, qui ne me convenait pas dans sa manière de travailler puisque l’humain que je cherchais dans ma matière, je ne le retrouvais pas dans la façon dont on traitait les dossiers. Je suis partie. J’ai intégré une seconde structure familiale où je me retrouvais plus, mais j’avais envie de découvrir la défense salariée qui n’existait pas dans ce cabinet à ce moment. Je suis d’une nature très curieuse et voir le droit social que du côté de l’employeur, ça ne m’allait pas, j’avais besoin de voir ce qui se passait de l’autre côté, pour mieux comprendre chacune des parties. Ma troisième collaboration était au sein d’un cabinet avec deux associés qui avaient un double avantage. Le premier, c’était d’avoir des dossiers employeurs et salariés. Ça me permettait de voir les deux parties et j’avais énormément de temps pour développer ma clientèle personnelle. C’était un luxe. Ce que j’ai fait et ce qui m’a permis ensuite de partir et de m’installer à mon compte.

Où exercez-vous maintenant ?

Je me suis installée à mon compte début 2014. J’ai exercé seule pendant six ans et j’en ai eu marre d’être seule au bout de six ans. J’avais envie de voir la profession différemment, de construire, d’entreprendre. Je me suis associée avec Anne-Sophie Merle et nous avons créé le cabinet Jane Avocats qui a vu le jour le premier janvier 2021. C’est tout récent. On est installées dans le 17ème, dans des locaux qui nous plaisent beaucoup. C’est une très belle aventure qui commence.

Quel est pour le moment, votre meilleur souvenir professionnel ? S’il y en a plusieurs, vous pouvez les dire.

Oui, il y en a plusieurs. Le premier qui me vient en tête parce que c’est le plus récent, c’était l’année dernière au mois de mars 2020, deuxième semaine de confinement où on est tous dans le brouillard. On vit des choses que personne ne comprend. Je suis appelée par un ancien client qui travaille pour la chaîne LCI et qui me propose d’intervenir sur la chaîne LCI en direct sur des problématiques en droit social liées à la crise sanitaire. Au début, il me propose d’intervenir une heure, puis une matinée, puis finalement, toute la semaine. Je me suis retrouvée toute la semaine sur LCI à passer trois heures en direct pour répondre aux questions des téléspectateurs. Ça a été une très belle expérience parce que j’ai découvert le monde de la télé que je ne connaissais pas. J’ai passé des heures et des heures à préparer les questions, à me tenir informée avec des décrets qui changeaient toutes les demi-heures, des ordonnances, des communiqués de presse. C’était un déferlement de textes juridiques. Ça a été très intense cette semaine, c’est un très beau souvenir.

Je souhaite, à travers ce podcast, bien faire comprendre les spécificités de votre profession. Vous êtes avocate en droit social. Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est le droit social et m’indiquer sur quels dossiers vous intervenez ?

Le droit social, c’est du droit du travail et le droit du travail, ça couvre toutes les problématiques entre un salarié et un employeur. Les problématiques vont commencer en général au moment de l’embauche, avec tout ce qui est contrat de travail, conditions d’embauche. Quand on est une société et qu’on embauche son premier salarié, quelle convention collective je vais appliquer ? Parfois, on ne sait pas. Parfois, les employeurs ne savent même pas qu’il faut employer une convention collective. Beaucoup de questions qui se posent au moment de l’embauche. Toute la partie exécution du contrat de travail, toute la relation entre le salarié et son employeur. Comment est-ce que l’on travaille ensemble ? Quels sont mes objectifs ? Sous quelles conditions ? Combien je suis payée ? Combien d’heures je peux faire travailler mon salarié ? Si je le fais travailler plus que la durée convenue, combien ça me coûte ? Comment je peux optimiser tout ça ? Comment je peux récompenser mes salariés sur investissement ? Etc. Toutes les problématiques du quotidien et il y en a beaucoup et jusqu’à la rupture du contrat de travail. À quel moment on se sépare d’un salarié ? Combien ça va coûter ? Comment on accompagne un salarié vers le départ ? C’est toute une problématique moins juridique, mais que j’ai souvent tendance à traiter avec mes clients employeurs. Lorsqu’un salarié part, il n’y a pas que le code du travail que l’on va appliquer, il y a aussi de l’humain. Dans le droit du travail, il y a beaucoup d’humain. J’explique souvent que lorsque l’on accompagne un salarié vers la sortie, en lui expliquant qu’on est désolé que ça se soit passé de cette manière, mais qu’on va l’accompagner, qu’on va l’aider à trouver d’autres opportunités, le départ se passe bien. Et quand le départ se passe bien, il n’y a pas de contentieux. À l’inverse, si on explique au salarié qu’on est content de le voir partir, que ça fera du bien à tout le monde et qu’il se débrouillera seul dehors, le contentieux, vous allez le voir venir. Notre rôle d’avocat en droit du travail, ce n’est pas de faire que du droit. C’est de faire aussi de l’accompagnement des ressources humaines, qui vont permettre au client au final, de ne pas avoir un contentieux qui va lui coûter beaucoup plus cher que ce qu’il avait prévu. C’est ça qui fait partie aussi de notre métier. Mes clients sont essentiellement des TPE et des PME, qui n’ont pas de DRH, qui n’ont pas de juriste donc je travaille main dans la main avec le dirigeant. Donc, je m’occupe beaucoup des ressources humaines. Il y a une partie management, une partie conseil qui va au-delà du juridique.

Vous avez indiqué un salarié. Si ça ne se passe pas très bien, est-ce qu’il peut venir vous voir lui aussi ?

Le salarié peut venir me voir, évidemment. C’est une très bonne question, parce qu’en droit social, on a souvent des avocats qui se définissent comme pro-employeurs et des avocats qui se définissent comme pro-salariés. Je n’aime pas cette distinction. Ce n’est pas parce qu’on accompagne un employeur que l’on ne peut pas accompagner un salarié et inversement. J’accompagne des salariés qui sont sur le départ, qui veulent négocier leur départ ou qui sont sortis et qui estiment que leur départ n’était pas justifié et ils veulent le contester. Ça, j’en traite également. Et, j’ai eu par exemple, l’année dernière, beaucoup de salariés qui travaillaient en Angleterre et qui avec le Brexit ont dû revenir à Paris et qui ne savaient pas dans quelles conditions ils allaient être mangés en arrivant. Ce sont des salariés que j’ai beaucoup accompagnés sur leurs conditions de retour en France.

Vous nous avez indiqué tout à l’heure que vous êtes associée depuis peu, depuis le début de l’année. Pourquoi vous êtes-vous associée ? Et, question subsidiaire, puisque vous avez indiqué le nom du cabinet : Jane Avocats. Pourquoi ce nom ?

Pourquoi je me suis associée ? Comme je vous le disais, je suis restée en individuel pendant six ans. Période au cours de laquelle j’ai eu trois enfants en quatre ans, donc une période dense, au cours de laquelle on ne peut pas tout faire. Une fois que mes enfants avaient un petit peu grandi, je me suis dit que j’avais envie de développer ma carrière professionnelle et de voir les choses différemment. J’ai un mari qui est entrepreneur, j’ai beaucoup d’entrepreneurs autour de moi et j’ai eu cette envie de créer quelque chose qui va au-delà de la profession d’avocat, de créer une société, une structure. C’est compliqué de le faire seul, parce que c’est moins intéressant, moins stimulant. J’ai voulu m’associer pour pouvoir travailler main dans la main et c’est moi qui suis allée chercher Anne-Sophie. Avec Anne-Sophie, on travaillait ensemble depuis déjà cinq ou six ans. On s’envoyait respectivement nos clients. Elle fait du droit des sociétés et je fais du droit du travail, c’est compatible. Et à l’époque, elle était déjà associée. C’est comme si je la draguais alors qu’elle était encore en couple, ce n’était pas clair. Un jour, le couple allait moins bien, j’étais là et on s’est retrouvées toutes les deux, main dans la main. On avait une vision commune de ce que l’on voulait faire, une vision commune du cabinet que l’on voulait faire, dynamique. Sortir d’une vision vieillissante de la profession d’avocat. On a plein de projets tournés vers le digital parce que c’est l’avenir de la profession. Ça fait trois mois que l’on est associées, mais on fourmille de projets et on attend qu’une chose, c’est de pouvoir les faire sortir. La question subsidiaire, c’est une question qui revient souvent et on est ravies qu’on nous la pose parce qu’on voulait trouver un nom qui interpelle. On s’est dit que si on s’appelait Merle et Sevenet associés, ce n’est pas très intéressant, ce n’est pas très marrant. On a aussi une envie de grandir, de faire rentrer d’autres associés au sein du cabinet. Si on mettait simplement nos noms, ce n’est pas très sexy pour des associés qui voudraient nous rejoindre, donc on voulait un nom générique. On voulait un prénom. Pourquoi ? Parce ce qu’on avait envie de générer une image de proximité des avocats du cabinet avec leurs clients. L’idée, c’était que nos clients se sentent proches de leur cabinet et qu’il y ait un prénom qui leur soit familier. Pourquoi Jane ? On voulait un prénom court, un prénom qui marque et dans nos réflexions, on est parti de Jeanne Chauvin qui a été la première femme avocate plaidante et qu’on a pimpé en Jane. En Jane, ce qui nous plaisait, c’est qu’il y a beaucoup de personnalité forte. On nous charriait beaucoup sur le nom, mais tant mieux, ça nous va très bien. On a ces personnalités fortes Tarzan et Jane, Calamity Jane, qui vous voulez, il y en a beaucoup. Ça nous va parce que c’est un nom que l’on retient, qui marque et c’était l’objectif.

Une auditrice récemment, m’a proposé une question. Arrivez-vous à gérer aisément votre professionnelle et votre vie personnelle ? Et comme vous nous avez indiqué que vous avez trois enfants, ça devient d’autant plus intéressant de savoir.

Le gérer aisément, je ne sais pas. Le gérer, oui, parce qu’on y arrive toujours. Il y a un moment où il faut finir par nourrir ses enfants et aller à travailler, on y arrive toujours. J’ai la chance d’avoir un mari très impliqué, j’ai des parents, j’ai une nounou, je ne suis pas seule, heureusement. J’ai réfléchi à la question avant qu’on se retrouve et un jour, mon fils m’a dit « J’aimerais avoir deux mamans, une qui travaille et une qui s’occupe de moi. » Je me suis dit, moi aussi, j’aimerais me dédoubler, mais ce n’est pas possible. Je lui ai expliqué que j’aimais autant travailler que m’occuper de lui et que j’étais heureuse comme ça avec ces deux parties de ma vie et c’est vrai. À partir de ce moment-là, il a compris que lorsque j’allais travailler, j’étais contente et quand je rentrais le soir, j’étais contente. Je ne vous cache pas que c’est intense, on ne va pas se mentir. C’est dense, on aimerait avoir des journées plus longues, mais quand on a une organisation qui fonctionne. C’est cadré les journées, c’est à la minute près, il n’y a pas cinq minutes de perdues.

Il n’y a pas de temps morts.

Mais ça fonctionne !

Les avocats font partie des professions réglementées dans le secteur juridique comme les notaires, les huissiers de justice et autres commissaires-priseurs. Quels sont les vecteurs de communication donc vous disposez ?

Assez peu en réalité ou peut-être qu’on ne les connaît pas tous et que l’on a beaucoup de progrès à faire là-dessus. On communique essentiellement sur LinkedIn qui est un vecteur utilisé aujourd’hui. Instagram un petit peu également. On envoie des newsletters à nos clients et on essaye de faire travailler nos réseaux. Nos réseaux interprofessionnels, nos réseaux de confrères. Avec Anne-Sophie, on aime faire des petits déjeuners, on aime faire des cocktails, des apéros, tout ça. On adore ! C’est compliqué en ce moment, on attend impatiemment de pouvoir le refaire. On essaye d’échanger le maximum que l’on peut avec tous les professionnels qui nous entourent. Ça peut être des confrères ou d’autres professionnels. On se présente beaucoup de monde, mais il est vrai, qu’en termes de communication, la profession reste fermée, il y a beaucoup de travail à faire là-dessus.

Vous avez évoqué la direction digitale de votre cabinet. Y aurait-il d’autres canaux pour vous mettre encore plus en lumière ?

On voit de plus en plus et vous êtes le premier à le voir, la vidéo. La vidéo est de plus en plus développée et c’est quelque chose qui fonctionne très bien, surtout en ce moment, où on se voit peu. Avoir quelqu’un en face de nous qui nous parle, c’est quelque chose qui est assez parlant. Le podcast aussi, ça se développe énormément. On en écoute de plus en plus. Ce sont des méthodes qui n’existaient pas avant. Je suis persuadée que tout ce qui pourrait permettre de vulgariser le droit, de le rendre plus accessible, pourrait permettre aux avocats de se mettre beaucoup plus en lumière. Le droit, c’est quelque chose de complexe, de technique, qui fait peur, qui est ennuyeux. Finalement, il y a peu de points positifs quand on parle du droit à des non-professionnels. Tout ce qui peut permettre de le simplifier et c’est le cas du legal design par exemple, peut permettre de toucher plus de monde. Nous, on s’attache à faire des infographies régulièrement que l’on publie sur LinkedIn, que l’on envoie à nos clients et on espère toucher le plus de personnes comme ça. Il faut simplifier le droit au maximum.

La langue française est partie intégrante de votre métier, il y a maintenant un petit rituel dans ce podcast pour chaque invité, c’est de connaître le mot ou l’expression peu usitée que vous appréciez particulièrement ?

Il n’y en a pas un que j’apprécie particulièrement, mais il y a un mot que j’avais vu dans les conclusions d’un confrère et qui m’avait interpellée, c’est « antépénultième ». Je ne sais pas si ça vous parle.

C’est un de mes mots préférés.

Ça veut dire qui précède l’avant-dernier et je le reconnais en toute franchise, quand j’ai lu ce mot, je l’avais cherché sur Google parce que je ne le connaissais pas et j’avoue que je l’utilise de plus en plus.

La prochaine question, c’est l’antépénultième justement. À l’inverse, quel type de langage à l’oral n’appréciez-vous pas beaucoup ?

On a tous des tics quand on plaide. Avant même de parler d’un tic à l’oral, c’est un tic à l’écrit. Dans les conclusions de certains confrères, on voit beaucoup de conclusions qui commencent qui sont rédigées systématiquement en attendu que, attendu que ceci, cela, attendu que, ceci, cela et ça dure pendant cinquante pages. Ça, c’est quelque chose qui me heurte à chaque fois parce que je me dis que l’on peut faire beaucoup plus simple que de parler comme ça. À l’oral, je laisse chacun prendre ses petites habitudes. On a tous besoin de petits tics quand on plaide pour être à l’aise.

Pour conclure cet épisode, y a-t-il une question à laquelle vous auriez aimé répondre et que de faire, je n’aurais pas posé ?

Une question plus technique, plus juridique, c’est : pourquoi on maintient en France, les audiences de conciliation devant le conseil de prud’hommes. C’est une question que l’on se pose beaucoup. Quand on a une procédure prud’hommale, il y a deux audiences. Il y a d’abord l’audience de conciliation. C’est une audience au sein de laquelle on est censé essayer de trouver un accord entre les deux parties. Lorsque l’on ne trouve pas d’accord, on va en audience de jugement. Sauf que la réalité, c’est que personne ne trouve d’accord devant l’audience de conciliation, ça n’arrive quasiment jamais. C’est même pire. Lorsque les parties trouvent un accord, on ne passe quasiment pas par l’audience de conciliation. C’est une audience qui nous fait perdre plus de temps qu’autre chose. Il y a certaines situations où ça a un intérêt, je ne généralise pas tout, mais c’est une audience, à mon sens, qui devrait sauter rapidement pour nous permettre d’avoir des procédures prud’hommales qui au lieu qu’elles durent cinq ans ou six ans, pourraient durer un ou deux. Je pense que tout le monde y gagnerait.

Est-ce que vous pouvez me préciser à qui s’adresse ce message ?

Aux partenaires sociaux, s’ils nous écoutent. S’ils peuvent pousser pour que l’on réforme. Je sais qu’il y a beaucoup de réformes au sein de la justice, mais si on pouvait avoir des réformes qui nous font gagner un peu de temps sur les délais procéduraux, ça ne serait pas mal.

Merci pour cette précision. Maintenant, que l’on vous connaît un peu plus, comment fait-on pour prendre contact avec vous ?

On va sur mon site Internet jane-avocats.com, sur LinkedIn, vous avez toutes nos coordonnées. On n’a pas de standard, on travaille qu’avec nos portables donc on est joignables systématiquement.

Je vous remercie beaucoup pour cet entretien.

Merci Hervé.

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