Eizer Souidi

Me Eizer Souidi est avocat au barreau de Paris depuis le 14 octobre 2020.

Il est avocat en Droit des affaires et de la fiscalité.

Le cabinet GlobaLex se situe au 16 Rue de Vézelay, 75008 Paris.

Épisode diffusé le 15 février 2021.

Bonjour Eizer

Eizer Souidi : Bonjour Hervé

Pouvez-vous m’indiquer votre métier ou peut être votre profession ? Vous allez me le dire et me d’écrire brièvement en quoi il ou elle consiste ?

Eizer Souidi : Tout d’abord, merci du temps accordé en vue de présenter cette profession puisqu’il s’agit bien d’une profession. La profession d’avocat, noble profession. Pourquoi devrions-nous parler de profession et non pas de métier ? Alors, je me suis amusé à aller regarder sur Internet ce qu’était un métier, ce qui était une profession. On lira qu’un métier, par définition, c’est manuel. Une profession serait intellectuelle, mais je me pose la question pourquoi parlons-nous du métier de juriste et de la profession d’avocat ? Il s’agit dans les deux cas d’activités intellectuelles. A mon sens, la profession d’avocat tire sa source de l’engagement de celui-ci qui, lorsqu’il prête serment et nous y reviendrons, embrasse un ordre une fois dirai-je. Il s’agit de se conformer à des règles très spécifiques, très rigoureuses qui gouvernent son activité, mais également son comportement dans la vie personnelle. Pour toutes ces raisons, on parle de profession d’avocat.

Merci pour ces éclaircissements. Maintenant, je ne parlerais plus que de profession et non pas de métiers dans mes introductions. Alors, pouvez-vous me dire ce que vous faites ?

Eizer Souidi : Eh bien, je vous parlais de règles. Notre profession d’avocat est gouvernée par ce qu’on appelle un règlement intérieur national RIN. Chaque justiciable, chaque citoyen d’ailleurs, peut en prendre connaissance sur Internet, en libre accès, en version PDF. Ce RIN comporte des règles très spécifiques. Et plus loin que ces règles-là, ce RIN comporte un article 6.1 qui définit notre activité. Quoi de mieux que de reprendre ces stipulations par des stipulations pour ce règlement. Pour définir mon activité eh bien l’activité de l’avocat, c’est une mission générale. L’avocat est un partenaire de justice et un acteur essentiel de la pratique universelle du droit. En tant qu’avocat, j’ai donc vocation à intervenir dans tous les domaines de la vie civile, économique et sociale. Je suis le défenseur des droits et des libertés, des personnes physiques et morales que j’assiste ou que je représente en justice à l’égard de toute administration ou de toute personne chargée d’une délégation de service public. Je fournis à mes clients une prestation et le terme est fondamental une prestation de conseil et d’assistance qui a pour objet, à titre principal ou accessoire, de mettre en œuvre des règles ou des principes juridiques, de rédiger des actes ou de négocier. Cette activité couvre également le suivi des relations dites contractuelles. Enfin, je peux collaborer avec d’autres professionnels à l’occasion de l’exécution de missions nécessitant une certaine synergie. Nous pourrons y revenir si vous le souhaitez.

Aviez-vous imaginé faire cette profession quand vous étiez enfant ?

Eizer Souidi : Je suis issu d’un milieu que je dirais plutôt modeste, mais je me voyais à cette époque, plutôt dans la vie des affaires, dans un environnement plutôt globalisé, en haut d’une tour. Malheureusement, ma famille me voyait plutôt médecin. Finalement, nous avons coupé la poire en deux, une profession intellectuelle au cœur des affaires. Finalement, si l’avocature ne représente pas une vocation en tant que tel et malheureusement, je le regrette, elle est le résultat plutôt logique de deux éléments. D’une part, une pression familiale assez logique qui visait à m’accomplir intellectuellement et de prendre ce fameux ascenseur social, puis, d’autre part, un goût prononcé pour l’actualité, les débats de société, le juste et l’injuste, la morale, mais aussi le monde des affaires.

Y avait-il des avocats autour de vous à cette période ?

Eizer Souidi : Non, malheureusement. De près ou de loin, ni de près, ni de loin. Aucun avocat d’ailleurs. Aucun proche exerçant une profession libérale, si ce n’est un dentiste assez éloigné. Mais j’étais à l’inverse particulièrement entouré. Je pense que l’on y reviendra par un corps professoral extrêmement investi, très compétent dès le secondaire. Je pense que c’est quelque chose qui est fondamental.

Quel est votre parcours d’étudiant, est-ce que vous avez envie de nous en parler un petit peu avant…pour nous expliquer comment vous en êtes venu à ce parcours ?

Eizer Souidi : Je ne suis pas directement tombé dans le tout droit dès ma première année de faculté, puisque j’ai intégré une classe préparatoire à l’École normale supérieure en droit et en économie gestion à Nantes, d’où je suis originaire, où j’ai effectué deux années de préparation intensives à cette belle école qu’est l’ENS. Suite à cela, j’ai intégré le magistère de droit fiscal droit des affaires d’Aix en Provence à l’Université d’Aix-Marseille. En cumulant ces trois années d’études avec un parcours plus classique une licence 3 en droit privé, un master 1 en droit des affaires ainsi qu’un master 2 en droit et fiscalité de l’entreprise. Postérieurement à cela, mon naturel m’a rattrapé. J’ai eu envie d’intégrer une école de commerce. Je suis donc allé rejoindre les bancs de la fameuse ESCP Europe à Paris et à Londres, où j’ai suivi des enseignements de droit, mais aussi de finance. J’ai également eu l’occasion, à ce moment-là de le Queen Mary University à Londres, où j’ai appris dirons-nous, la common law donc le droit commun, le droit anglais en droit bancaire et en droit financier.

Y a-t-il eu un déclic ou plusieurs tout au long de ce parcours ?

Eizer Souidi : Il y a eu plusieurs déclics et j’y reviendrai. Je reviens sur ce qui était dit précédemment. Il faut remonter, je pense à la base. C’est un sujet d’actualité qui n’est pas propre à l’avocature, mais que celui de l’équipe, de nos équipes pédagogiques et du corps professoral. J’ai eu la chance d’avoir ce que l’on appelle réellement des hussards de la République. Ces personnes qui vous donnent envie de croire en vous dès le plus jeune âge, qui vous donnent envie de vous dire pourquoi pas des études et pourquoi pas des études longues ? Et pourquoi pas une faculté de droit ? Et pourquoi pas une grande école de commerce ? Et pourquoi pas des études à l’étranger ? Et pourquoi pas l’avocature ? Et je pense sincèrement que derrière chaque avocat, en tout cas, s’il n’y a pas de milieu familial prédestinant l’enfant a une telle profession. Il faut un corps professoral fort et donc j’en profite pour remercier tous ces professeurs qui m’ont accompagné du CP à la septième année de droit.

J’ai souvent une question sur le fait d’avoir des mentors et finalement…c’est toutes ces personnes qui ont été chacun à leur tour, un mentor pour vous.

Eizer Souidi : Exact. Et si je devais n’en citer qu’un, eh bien il s’agirait de ce fameux colleur que j’avais en classes préparatoires. Alors, un colleur, c’est quoi ? Un colleur c’est quelqu’un qui vous reçoit dans une pièce après une préparation d’un quart d’heure sur n’importe quel sujet qui a de près ou de loin, à voir avec vos enseignements et qui vous demandera de produire un travail organisé et réfléchi avec rigueur. J’ai eu la chance d’avoir un colleur assez rigoureux qui m’a permis de progresser, qui m’a par la suite pris sous son aile de colère. Il est devenu mentor, puis ami, donc je l’en remercie également.

Quels conseils auriez-vous a donné un étudiant qui souhaite devenir avocat ?

Eizer Souidi : Eh bien plusieurs conseils. Tout d’abord, de croire en son rêve. Il ne faut pas se mettre de limites au final, ces différentes années. Mon parcours personnel, qui n’a rien d’exceptionnel en soi, montre qu’une chose, c’est que nous n’avons de limites que celles que nous nous fixons. L’échec fait partie de tout projet professionnel. L’échec au CRFPA l’examen d’entrée à l’Ecole des avocats, l’échec à une année de droit, les études sont d’autant plus compliquées dans le contexte actuel. Il faut croire en ses rêves et n’être finalement restreint que par ses échecs qui sont logiques et normaux, et ne pas s’y arrêter. Mais il faut aller plus loin que cela. Il faut se donner les moyens de réaliser ses rêves et à ce titre, le conseil que je pourrais donner à ses étudiants que j’accompagne de manière semestrielle, que soit dans le cadre de la préparation du Barreau ou à un niveau que je dirai plus jeune en licence, c’est de travailler sans limite, avec rigueur et méthodologie. C’est d’ailleurs le cœur de notre profession d’avocat. La méthodologie juridique et elle s’apprend dès la première année de droit.

Vous avez prêté serment il n’y a pas si longtemps. Pouvez-vous me dire quelle était la date ? Quels souvenirs en gardez-vous ?

Eizer Souidi : Alors, j’ai prêté serment assez récemment, effectivement, le 14 octobre 2020. Je m’en souviens plutôt précisément puisque ceci ne remonte pas à il y a bien longtemps. C’était beau et long. C’était tout d’abord beau. Parce que c’est une chance de prêter serment dans une des salles de la Cour d’appel de Paris, au palais de justice de Paris, un édifice qui, comme vous le savez peut-être, est classé monument historique. Il a été construit au XIIIᵉ siècle. C’est un beau monument. À ce même endroit siégeait l’ancienne Curia régis. Le conseil du roi sous l’ancien régime. Les juridictions contemporaines également y ont, de par le temps, établi leurs lieux. C’était également long parce que nos confrères expérimentés se devaient de passer du temps avec nous pour nous faire comprendre la portée de notre engagement ainsi que les éléments fondamentaux qu’il nous faut maîtriser dès le premier jour afin de comprendre l’organisation de notre ordre et de notre profession.

Suite à ce jour mémorable que dans quel type de structure avez-vous commencé vos activités et quel était votre rôle ?

Eizer Souidi : Alors, comme vous l’avez si bien noté, j’imagine, j’ai prêté serment en 2020, grande année 2020, année de la difficulté. Et puisque dans chaque difficulté, il faut savoir relever un challenge, il me semblait évident qu’aucun poste qui aurait de près ou de loin à voir avec mon cursus universitaire et mes aspirations qui était celle d’il y a juste une année, juste un an. Il me fallait relever un nouveau challenge, profiter de ce temps de latence pour me lancer. Et donc je me suis lancé. J’y exerce de manière indépendante depuis le 14 octobre 2020 en droit fiscal, mais aussi en droit des affaires et en droit des contrats à Paris et ailleurs. Donc, j’ai une activité qui a très haut conseil, mais également aux contentieux qui sont les deux branches que je dirais globale de notre activité. Si on devait scinder en deux divisions, nous avons une activité de conseil. J’assiste le client dans la résolution de ces litiges, dans la rédaction de ses contrats, mais également une activité contentieuse. J’étais hier à Saint-Etienne pour plaider devant le tribunal de commerce dans le cadre d’un litige d’un contentieux des affaires.

Alors, depuis quelques mois, quel est ou peut être quels sont vos meilleurs souvenirs professionnels ?

Eizer Souidi : Eh bien, mon meilleur souvenir, c’est un message que j’ai reçu de la part d’une cliente.

J’ai reçu plusieurs messages. Certains constituent de bons souvenirs, d’autres de moins bons souvenirs. Cette cliente me disait vous êtes ma défense. Depuis que vous m’accompagnez, j’ai le sentiment d’avancer et je vous en remercie. C’est tout ce dont finalement j’avais rêvé au cours de ces années de droit et ceci constituant un bon souvenir. Mais ce bon souvenir ne doit pas occulter les souvenirs un peu plus contrastés que je garde de certains messages qui me font avancer et qui me font réfléchir sur ma profession si nécessaire. Je garde en tête un autre message reçu par une personne intéressée par mes services qui dans le cadre, là nous sortons un peu de mon champ de spécialités, mais cherchait un avocat l’accompagnant en vue de procéder à un divorce par consentement mutuel. Ce qui est constitutif d’un contrat. Je peux intervenir. En annonçant finalement mes honoraires, cette personne a eu une réaction assez fâcheuse puisqu’elle m’a traité d’escroc et ceci m’a interrogé sur notre relation avec le client en matière de négociation d’honoraires, de transparence et d’explication. Je pense qu’il s’agit là d’un défi fondamental pour notre profession, qu’il s’agisse de jeunes avocats ou de moins jeunes avocats. En tout cas, il s’agit d’un point qui est scruté de près par le justiciable lorsqu’il doit avoir recours à un avocat. Cela peut le brider. A titre illustratif, sur un réseau social que je ne citerai pas et récemment a récemment été publié une enquête d’opinion, une enquête. C’est un réseau social fermé. Mais l’enquête était vraiment…révélait des éléments assez notables. C’est à dire que sur 100 personnes interrogées, la question a été « qu’est ce qui pourrait vous freiner à avoir accès à un avocat ? » 60 pourcents de ces personnes disaient la pratique des honoraires et je pense que là, nous avons un travail à effectuer. Donc, vous voyez, je me fonde sur les bons souvenirs qui me font avancer. Il me donne du courage dans une profession qui n’est pas évidente non plus pour au quotidien travailler sur ces éléments qui ne sont pas propres, mais qui sont propres à une profession.

Je souhaite, à travers ce podcast, faire bien comprendre les spécificités de votre profession. Je demande donc à chaque invité de m’éclairer un peu sur certains points. Pourriez-vous m’expliquer ce qu’est le droit civil et le droit commercial ?

Eizer Souidi : Bien commençons par le droit civil, tout d’abord, car il s’agit là de notre droit commun. Il s’agit là de quelque chose de très général en droit et en fait, il s’agit là d’une notion qui recouvre deux définitions selon que l’on pense système juridique ou selon que l’on parle droit substantiel, je m’explique. Le droit civil, c’est tout d’abord un système juridique que l’on doit à Napoléon, en France. Le droit civil a aujourd’hui une reconnaissance mondiale extrêmement importante. C’est une création française qui est partagée par à peu près 60 pourcents de la population mondiale. Aujourd’hui, le droit civil est issu est issu d’une tradition dite légaliste qui donne à la France, dès 1791, l’idée de la codification, codification qui interviendra des années de 1790 à 1810 par la rédaction et la publication de cinq codes pas spécialement civils, dont le Code civil, mais il y avait d’autres codes. Le droit civil, c’est ça. C’est un système que l’on peut distinguer aujourd’hui d’autres grandes traditions. La tradition anglo-saxonne que j’ai eu le plaisir de découvrir lors de mes études anglaises, qui est celle de la common law, la loi commune. Cette loi commune se distingue de notre système civil puisqu’il est fondé sur la doctrine des précédents. Là où notre juge français ne doit pas aller plus loin que la loi ne doit qu’appliquer la loi, sauf à être dans l’obligation de l’interpréter en cas d’obscurité de cette loi.

Le juge anglais va créer de la loi. Voici la grande différence entre ces deux systèmes. Le droit civil se distingue également d’autres systèmes. Les systèmes religieux du droit canonique, le droit musulman, qui sont des systèmes juridiques religieux très différents. Il se distingue du droit coutumier que l’on pourra retrouver dans certains pays d’Afrique, même si cela tend à se perdre au profit notamment d’un système civil. Le droit civil c’est par ailleurs une substance. Et là, on en arrive à cette seconde définition. Le droit civil peut être défini comme une branche du droit qui régit les rapports des particuliers entre eux sur le plan individuel, familial et pécuniaire. C’est le droit qui régit l’ensemble de ses rapports familiaux et patrimoniaux qui se forment entre les individus, abstraction faite de leur situation professionnelle. Alors là, je cite un manuel. La définition n’est pas de moi. C’est donc une branche de droit privé qui s’oppose au droit public et c’est la branche fondamentale de ce droit privé. Au sein de cette branche du droit privé, nous avons également le droit commercial, le droit commercial se distinguerait de ce droit civil. Le droit commercial se définit comme étant le droit qui régit les opérations juridiques accomplies par les commerçants entre eux ou avec des clients et se rapportant à l’exercice du commerce. Le droit commercial recouvre deux subdivisions. Si l’on parle vous et moi de droit commercial, il s’agit de parler du droit des commerçants. Il s’agit également de parler du droit des actes de commerce que vous pourriez passer demain dans le cadre de votre activité de commerçant. Et finalement, derrière votre question distincte de définition par le droit civil et de droit commercial, se pose la question de la distinction ou non de ces deux matières. Est-ce que le droit commercial fait partie du droit civil ? Oui ou non ? Je n’irai pas plus loin. En tout cas, c’est un débat assez important, en droit.

Merci beaucoup pour tous ces éclaircissements. Les avocats font partie des professions réglementées dans le secteur juridique, comme les notaires, les huissiers et autres commissaires-priseurs. Quels sont les vecteurs de communication dont vous disposez ?

Eizer Souidi : Alors à ce titre, en tout cas, c’est comme ça que je conçois ma profession à mon niveau. A mon humble et jeune niveau dirai-je, il existe deux vecteurs de communication fondamentaux. D’une part, le vecteur physique. D’autre part, le vecteur digital. Communiquer pour un avocat, c’est faire l’effort de construire un réseau réel et physique, développer des liens de confiance avec d’autres professionnels pour commencer. Qu’il s’agisse de confrères et je vous ici dans un local que je partage avec une consœur. Ces liens vont très loin, jusqu’aux partages de locaux, jusqu’à la cotraitance de dossiers que j’effectue notamment sur les dossiers techniques avec un confrère expérimenté basé à Nantes. Cela passe également par la construction d’un réseau avec des professions dites complémentaires et je pense qu’il y a un réel choix à opérer. Il y a une réelle question qui se pose pour nous. En tout cas, avocats fiscalistes qui est celle de l’appréhension de la concurrence. Vous avez parlé des notaires, vous avez, vous auriez pu parler des experts comptables ? Je ne sais pas. Ça a été cité, peut-être. Ce sont des professions qui exercent des activités juridiques à titre accessoire, mais qui, par définition, pourraient venir en contradiction, je dirais, avec le monopole de l’avocat à délivrer un conseil juridique. Ces professions accessoires ont le droit, de manière exceptionnelle, d’effectuer ces prestations juridiques, ce qui pose bon nombre de sujets aujourd’hui. L’expert-comptable est-il un concurrent de l’avocat ? Le notaire est-il le concurrent de l’avocat ? Force est de constater que lorsque vous créez une société, vous vous tourner vers un expert-comptable pour la simple et bonne raison qu’il est plus proche et qu’il facture moins cher. Disons les choses comme elles sont. La question aujourd’hui, en tout cas, je pense qu’il nous faut prendre ce problème à bras de corps. L’avocat ne peut pas faire de la résistance à l’image du taxiste vis à vis du beurre. L’avocat doit travailler conjointement avec son partenaire expert-comptable et pour communiquer, il s’agit là d’un vecteur fondamental. Et l’expert-comptable fait du conseil fiscal de premier niveau. L’expert-comptable n’a pas vocation à intervenir dans le cadre d’un contentieux fiscal, par exemple. L’idée est de nouer des liens, de nouer des liens particuliers dans le respect des règles déontologiques qui nous interdisent, par exemple, d’effectuer du partage d’honoraires. Ce sont des règles fondamentales, mais de dépasser ces blocages déontologiques pour les respecter et nouer des liens avec cette profession. Enfin, physiquement, nous pouvons accroître notre champ de communication en tissant des liens avec des professions que je dirais tierces, qui n’ont pas de lien direct ou accessoire avec le droit. Peut-être que ces professions ne seront pas d’accord avec moi et vous diront nous effectuons accessoirement du droit. Je pense notamment aux agents immobiliers. L’agent immobilier peut, et c’est un choix qui m’est personnel. Je tisse des liens avec certains agents immobiliers en région parisienne. Il peut effectivement vous solliciter dans le cadre de certaines problématiques avec des clients. J’ai le cas actuellement d’un agent immobilier qui me sollicite dans le cadre de ce qu’on appelle une vente à la barre. Pour un de ses clients, une vente aux enchères immobilières. Vous voyez tout ce vecteur physique tente aujourd’hui à être oublié, en tout cas on passe au second niveau, parce que c’est un vecteur traditionnel. Mais à l’image du commerce traditionnel et du commerce, le commerce traditionnel reste prioritaire et il ne doit pas être négligé. Nous avons les mêmes, les mêmes sujets. D’un point de vue digital et là, je ne pourrais pas m’exprimer avec autant de…m’étendre longuement sur le sujet. Je dirais classiquement que à mon niveau, je ressens que Internet, le référencement qui soit naturel ou payant sont des vecteurs fondamentaux. Dernier élément j’oublie les annuaires. Pour les avocats, les annuaires sur Internet sont une source de notoriété. En tout cas, pas de notoriété, mais c’est un moyen de se faire connaître qui ne doit pas être passé sous silence.

Suite à une description de toutes ces possibilités, y a-t-il d’autres canaux ? Finalement, que vous pourriez utiliser pour vous mettre plus en lumière ?

Eizer Souidi : Et bien là, malheureusement. J’en étudie certains qui nous posent des sujets déontologiques. L’avocat exerce une profession, une profession régie par le règlement intérieur national, tel que nous l’avons expliqué précédemment. L’avocat ne peut pas, à l’image du plombier, par exemple, sans du tout sans jeter l’opprobre sur cette activité-là. Il ne peut pas démarcher. L’avocat ne peut pas appeler un prospect, un lead, comme on dirait dans les contrées anglo-saxonnes, pour lui faire état de ses services et lui proposer une aide. L’avocat ne peut pas démarcher, mais il peut solliciter, nous dit la déontologie de l’avocat. Faites-vous, vous la différence entre le démarchage et la sollicitation ?

C’est difficile.

Eizer Souidi : A mon jeune niveau. J’ai du mal à faire la distinction. Peut-être qu’un de mes confrères plus aguerris pourrait vous dire. Mais si c’est évident, la sollicitation personnalisée consiste notamment, et c’est ce qu’on vous dira peut-être, à contacter un client par écrit. Fondamentalement et à lui faire part d’une offre précise sur les modalités de l’intervention. Eh bien moi, je répondrai toujours. À mon sens, il s’agit d’un démarchage écrit. Voici les canaux. Voici comment nous pourrions effectivement permettre à la profession d’avocat de progresser. Ce serait en fait en éclaircissant ses zones d’ombre. Mais pour comprendre ces zones d’ombre, il faut remonter dans le passé. Nous l’avons expliqué en introduction quelle est mon activité d’avocat ? L’avocat rend un service et il rend une prestation de service. Il vend une prestation de service. Je vous facture. Je supporte des charges dans le cadre de cette activité-là. Donc un élément pour moi qui permettrait aux avocats de mieux communiquer serait peut-être d’éclaircir ces zones d’ombre. Qu’est-ce que le démarchage ? Qu’est-ce que la sollicitation ? Mais pour répondre à cette question, il faut en fait revenir bien en amont. La profession d’avocat a évolué de manière fondamentalement importante au cours de ces deux ou trois derniers siècles. Là où un avocat rend aujourd’hui une prestation de service, c’est ce que nous avions dit en propos liminaire à cet entretien. Notre ancêtre avocat, notre confrère d’antan, ne monnayait pas ce service. Il ne supportait pas de charges. Il ne vivait pas de cette prestation. Il rendait un simple service que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de pro bono pour le bien, gratuit. Cela ne constituait pas son activité fondamentale. Il s’agissait du notable du coin. Avant lui, l’homme de foi qui exerçait de près ou de loin les mêmes fonctions que nous, le faisait également pro bono. Il ne vivait pas de cette activité. Le fait est qu’au cours de ces 50 dernières années, notre activité s’est professionnalisée. Notre activité a intégré un marché en tant que tel, le marché du service juridique et notre activité, s’est fondamentalement accompagnée d’une fronde, d’une concurrence qui est aujourd’hui exacerbée. Là, on anticipe peut être sur une question que vous auriez pu me poser et qui est de savoir qu’est-ce que je pense de la profession? Mais c’est aujourd’hui les défis que nous avons et en fait notre défi, je rebondis sur un rapport qui avait été publié par le Conseil national des barreaux en 2017, qui est intitulé, je crois de près ou de loin l’avocat au XXIᵉ siècle et ses défis. Ce rapport vous listait plusieurs défis fondamentaux au rang de ces défis. Il y avait notamment celui de gagner en crédibilité, celui de réussir sa transition numérique, celui de transformer son modèle économique et celui de construire la communauté des juristes. On mettra peut-être le dernier défi de côté, mais les trois premiers défis gagner en crédibilité et réussir sa transition numérique et transformer son modèle économique. Ce sont pour moi les clés qui permettront aux avocats de gagner en notoriété et en communication.

La langue française fait partie intégrante de votre profession. Il y a maintenant un petit rituel dans ce podcast. Pour chaque invité, c’est de connaître le mot ou l’expression peu usité que vous appréciez tout particulièrement.

Eizer Souidi : Alors, je me reporterais à ce mot qui est celui de æquus nimita. Parce que mon avocat, c’est un avocat qui fait preuve d’égalité, d’humeur et qui garde sa sérénité en toute circonstance. Ce qui donne æquus nimita, qui nous vient du latin æquus égal et animus âme à equals, sentiment bienveillant, égalité d’âme.

Je ne connaissais pas ce mot, je vais tenter de l’utiliser. Je ne sais pas quelle occasion, mais c’est un mot intéressant.

Eizer Souidi : C’est un mot qu’il ne faut pas utiliser, mais qu’il faut peut-être vivre.

Ah voilà.

Eizer Souidi : Différent.

Merci pour cet éclaircissement. À l’inverse, quels tics de langage, plutôt à l’oral n’appréciez-vous pas beaucoup ?

Eizer Souidi : Comme beaucoup de personnes, j’ai horreur de l’expression. Au jour d’aujourd’hui, c’est un classique. C’est un classique qui fait mal aux oreilles. Au jour d’aujourd’hui, maître, vous savez, je suis dans telle ou telle situation et j’essaye justement de me comporter avec æquus nimita. Quand j’entends ce terme. Mais voilà. Et puis, parce que je suis d’un naturel assez psychorigide, j’ai horreur qu’un particulier, voire même qu’un confrère, ou encore qu’un professionnel du droit utilise le terme d’employé en lieu et place de salariés. Alors, je ne sais pas si j’ai tort ou j’ai raison. Mais pour moi, un salarié est un salarié, un employé. C’est à un terme issu de la CSP, donc c’est une catégorie socio professionnelle. Un salarié, c’est quelqu’un qui est lié par un contrat de travail. Donc bon, je pense que certains travaillistes me contrediront en me disant que je vais un peu trop loin. Voilà c’est ma faiblesse.

Pour conclure cet épisode, il y a-t-il une question à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Eizer Souidi : Effectivement, répondre à cette question, je ne sais pas prendre part au débat, en tout cas, oui. Nous l’avons soulevé il y a très peu de temps dans ce podcast. Comment faire pour que notre profession relève les défis du XXIᵉ siècle, les défis de demain ? Il ne fait, il n’est un secret pour personne que la profession d’avocat rencontre aujourd’hui une crise importante, peut être sa crise la plus importante. C’est une profession qui est millénaire. C’est une profession très ancienne et c’est une profession qui a connu beaucoup plus de changements au cours de ces 50 dernières années qu’au cours des mille dernières années. La précédente crise que la seule crise que je verrais qui serait plus importante que celle-ci a été lorsque, à la révolution, les corporatismes ont été abolis et que la profession d’avocat, en tout cas l’ordre a été suspendu. Mise à part cela, je pense qu’aujourd’hui, la crise du financement, par exemple de l’aide juridictionnelle, la crise des retraites des avocats, la crise de notre modèle économique, mais plus fondamentalement encore, la crise de confiance qui est rencontrée entre l’avocat et le citoyen et le consommateur, celui qui va avoir besoin de recourir à ses services est trop important pour ne pas être discuté, et ce, dès le début de la carrière de tout avocat. Que vous soyez ou que nous soyons avocats indépendants, jeunes avocats indépendants, que nous soyons avocats, collaborateurs, que nous soyons avocats associés, avocats honoraires. Il nous faut se poser cette question « comment gagner en crédibilité devant le client ? ». Chacun a un avis sur la question et se comporte différemment. Je dirais que pour moi, il faut en tout cas, moi, je me reporte à deux mots clés qui guident mon activité. C’est celle de transparence et celle de confiance, la transparence avec le client. Elle est notamment relative à la politique des honoraires qui doit être menée lorsque l’on sait que… Nous l’avons tous entendu. J’ai vu récemment sur un sur un réseau social très connu, un groupe qui s’est acquis, qui s’appelait « Si vous aussi vous avez été victimes d’avocats escrocs ». Il nous faut être transparent. Il nous faut gagner en transparence. Avant d’être avocat, j’ai été moi-même justiciable. J’ai eu affaire à un avocat. On a tous des expériences plus ou moins bonnes ou mauvaises. Et parfois, nous ne comprenons pas certaines choses qui s’expliquent déontologiquement, mais qui ne nous sont pas expliquées par le confrère, par l’avocat. Il nous faut gagner en transparence. Quand un client vient nous voir et nous dit OK, je veux bien parce que c’est un travail que vous faites tant que je serai facturé. Mais j’aimerais là, s’il vous plaît, que vous appeliez l’adversaire, qu’on règle la situation ensemble. Il faut lui expliquer que non. Malheureusement, je n’appelle pas l’adversaire. Non pas parce que je suis feignant ou que je ne suis pas intelligent, mais parce que ma déontologie m’interdit de prendre contact téléphonique avec un adversaire qui n’est d’autant plus pas représenté à ce stade par un avocat et qu’il me faut lui envoyer une lettre. Ce sont des éléments simples qu’il nous faut expliquer aux clients. La confiance, ensuite. Comment cela se traduit ? Cela se traduit par de l’affect. Beaucoup de mes confrères, diront ils disent peut-être qu’il ne faut pas mettre d’affect dans nos relations professionnelles parce que nous exerçons une activité. Sinon, effectivement, ces sentiments peuvent nous bouffer pour le dire trivialement, vous m’excuserez de ce terme. Je pense qu’à l’inverse, il faut remettre de l’affect dans nos relations parce que derrière chaque cas, il y a effectivement des personnes pour qui, il s’agit du cas de leur vie. Le salarié qui se fait licencier, il s’agit du cas de sa vie. La personne qui voit sa succession, le partage, la liquidation de succession bloquée qui souffre de difficultés financières en attendant, il s’agit du cas de sa vie. Et il nous faut l’avoir en tête à chaque fois et faire comprendre aux clients qu’on ne pourra pas faire de miracles dans certains cas, mais en tout cas, nous avons conscience, conscience de sa situation et que nous comptons agir avec diligence, avec loyauté et avec un certain professionnalisme pour défendre ses intérêts dans la mesure du possible. C’est ce qu’attend le client. C’est ce qu’attend le client et le fait de lui dire eh bien, ça le met en confiance.

Maintenant, nous savons toutes ces choses. Comment fait-on pour prendre contact avec vous si on veut en savoir plus sur ce que vous faites ou si on a besoin de vos services ?

Eizer Souidi : Ecoutez, je suis joignable par courriel à l’adresse esouidi@globalex.fr. Vous pouvez également me retrouver sur Internet sur le site www.globalex.fr. Et puis moi, je vous remercie pour le temps que vous m’avez consacré.

Merci de m’avoir accueilli, bonne continuation à vous.

Eizer Souidi : Merci à vous aussi.

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