Marie-Pierre Méquinion

Me Marie-Pierre Méquinion est une avocate au barreau de Versailles depuis Janvier 2019.

Elle est avocate en Droit civil et en Droit pénal.

Son cabinet est situé au 7 rue Jean Mermoz – 78000 VERSAILLES.

Épisode diffusé le 22 février 2021.

Bonjour Marie-Pierre

Marie-Pierre Méquinion : Bonjour Hervé

Pouvez-vous m’indiquer votre métier et me décrire brièvement en quoi il consiste ?

Marie-Pierre Méquinion : Tout d’abord, je tiens à vous remercier de m’avoir invité. J’exerce en tant qu’avocat au barreau de Versailles pour une clientèle à la fois de particuliers et d’entreprises. Mon métier consiste soit à défendre une cause ou un client ou à l’aider à prendre la bonne décision ou encore à négocier un accord amiable avec la partie adverse. Mon activité est essentiellement contentieuse, c’est-à-dire qu’elle concerne surtout des litiges portés devant les tribunaux. Mais la demande de consultation, donc la partie conseil, est de plus en plus forte.

Avez-vous imaginé faire ce type de métier quand vous étiez enfant ? Et y avait-il des avocats autour de vous à cette époque ?

Marie-Pierre Méquinion : Oui, j’avais imaginé ou plutôt rêvé faire ce type de métier quand j’étais enfant, car très tôt, j’ai été passionné par la justice. Dans ma famille, il n’y avait ni avocat ni juriste au sens large, mais au cours, des repas de famille étaient régulièrement évoqués par mes grands-parents les grands procès qui les avaient marqués, notamment les affaires Dreyfus, Seznec, Dominici. Et puis, évidemment, l’affaire Grégory, qui a éclaté quand j’avais une dizaine d’années et qui a énormément alimenté les discussions. Donc, tous ces grands procès, avec des revirements pour certains et qui restaient des énigmes pour d’autres, fascinait l’enfant que j’étais. Et puis, je pense que ça a incontestablement façonné ma personnalité. On m’a très tôt inculqué les valeurs de justice, de loyauté et d’honnêteté, alors, imprégnée par ses valeurs et par la naïveté propre à l’enfance. L’injustice, quelle qu’elle soit, m’a toujours été insupportable. Donc, oui, je me rêvais en juge d’instruction, parvenant à résoudre une grande affaire criminelle ou en avocat pénaliste faisant acquitter celui qu’on aurait un peu trop vite vu comme le coupable idéal. Mais je rêvais de ses exploits comme on rêve d’être chanteuse ou actrice de cinéma.

Donc, c’était un rêve, mais qui me semblait inaccessible, car réservé à un tout petit nombre de personnes faisant partie d’un monde que je ne connaissais pas, si ce n’est par les médias. Et inaccessible à tel point que ce n’est pas la voie que j’ai choisi de suivre.

Vous êtes un cas particulier parmi mes invités, car vous êtes au début d’une nouvelle carrière, celle d’avocat. Pouvez-vous me dire ce que vous avez fait avant ?

Marie-Pierre Méquinion : Alors effectivement, à seize 17 ans, je n’avais pas de métier précis en tête. Donc, pour ne me fermer aucune porte et quelque part, pour repousser un peu l’échéance du choix, j’ai suivi une terminale scientifique. Bien sûr, le droit était toujours présent dans un coin de ma tête. Cette vocation ne m’a jamais vraiment quitté. Mais à 18 ans, pour moi, le droit, c’était avocat, magistrat ou rien. Et j’ai manqué de confiance en moi, tant l’école de la magistrature que le Capa, l’examen pour être avocat, m’ont semblé hors de portée et j’ai eu peur de l’échec. On ne pouvait tenter ces écoles que trois fois. Donc, j’ai eu peur de faire plusieurs années d’études et finalement, de ne pas parvenir à exercer le métier que je voulais. Donc j’ai préféré renoncer. Comme j’étais aussi attiré par les chiffres je me suis tourné vers la finance et la gestion sans but précis, mais convaincu que dans ce domaine, je pourrais toujours trouver un métier qui me conviendrait. Donc, j’ai suivi une maîtrise de finance et de comptabilité à l’Université Paris-Dauphine, suivie d’un troisième cycle en informatique de gestion. Ensuite, j’ai commencé ma carrière dans un cabinet d’audit anglo-saxon où j’ai effectué des missions de commissariat aux comptes pour des grandes entreprises françaises du secteur industriel. Dans des domaines très variés, de la pharmacie à l’automobile en passant par les jouets, le vin, l’agroalimentaire, etc… Cette expérience a été très enrichissante parce que j’ai pu rentrer au cœur de nombreuses entreprises différentes, rencontrer des personnes de fonctions et de personnalités très différentes. Et à 25 ans, quand vous arrivez sur le marché du travail sans aucune expérience, c’est extrêmement formateur d’être finalement jeté dans le grand bain. Et puis, au bout de trois ans, j’ai intégré la direction du contrôle de gestion d’une grande chaîne privée de télévision française, chaîne de télévision où je suis resté seize ans en occupant différents postes de contrôleur de gestion, soit côté recettes à la régie publicitaire de la chaîne ou côté dépenses à l’antenne et plus particulièrement aux programmes.

Suite à ce parcours, quel été le déclic ? Finalement, pour revenir à vos premiers amours, si on peut dire.

Marie-Pierre Méquinion : Alors je ne parlerai pas vraiment de déclic, mais plutôt d’un long processus de prise de conscience et d’évolution personnelle aussi. Est arrivé un moment où j’ai eu le sentiment de passer mes journées à faire des tableaux Excel, à les modifier, à les compléter, à les mettre à jour. J’ai ressenti au fil du temps un sentiment de plus en plus fort d’ennui et d’inutilité, et il me manquait un aspect humain, tout simplement. Parallèlement, en avançant dans la vie professionnelle, dans une dans une grande entreprise, on est inévitablement, à un moment ou à un autre, témoin d’une injustice où on en subit aussi soi-même parfois. A chaque fois, ça me révoltait. À chaque fois, l’avocat qui sommeillait en moi avait envie d’enfiler la robe et de monter au créneau. Alors, quand l’ennui et l’inutilité que j’évoquais sont devenus trop pesants. Un changement d’orientation professionnelle m’est apparu comme une évidence et une nécessité. J’avais 40 ans, je ne me voyais pas encore passer 25 ans derrière un écran à produire des tableaux Excel. Donc j’ai envisagé d’autres pistes, bien sûr, qui auraient été infiniment plus simples et plus rapides à mettre en place. Mais je me suis dit soit je laisse le temps filer et je vais arriver à l’âge de la retraite, je vais me retourner et je vais me dire que je n’ai jamais fait de droit. Soit, je m’y mets maintenant. Comme quoi on revient toujours à ses premiers amours.

Très beau témoignage pour les personnes qui souhaiteraient réorienter leur carrière. Alors, pouvez-vous nous dire quelles études avez-vous entrepris pour ce nouveau métier ?

Marie-Pierre Méquinion : De par mon cursus universitaire premier, qui comportait plusieurs matières juridiques, j’ai pu obtenir une équivalence pour entrer directement en master de droit. Ça m’a quand même fait gagner du temps et j’ai suivi un master de droit des affaires à la Sorbonne.Je travaillais encore à temps plein à cette époque, donc je n’avais que mes soirées, mes week-ends et mes vacances pour apprendre mes cours de droit. Le volume de connaissances à acquérir était considérable. Donc, j’ai assez vite pris conscience que je n’aurais pas le temps nécessaire pour me préparer au premier partiel qui arrivait à grands pas.Donc, j’ai pris la décision assez vite de suivre ce master sur deux ans au lieu d’une seule année, ce qui me permettait de n’avoir que la moitié des épreuves à préparer à chaque fois au lieu de passer douze matières en un an.J’en ai passé six la première année et six la seconde. Et quand j’ai obtenu ce master de droit des affaires, j’ai quitté mon emploi pour me préparer au CRFPA. Qui est l’examen d’entrée à l’École du Barreau. Pendant ces dix mois de préparation, cet examen d’entrée à l’École du Barreau, je n’ai pas vu le jour et pastellement la nuit non plus. Mais j’ai suivi la lumière et je peux dire que je n’ai jamais autant travaillé de ma vie. J’avais quitté un emploi salarié où j’étais correctement payée. Je n’avais pas le droit à l’erreur. Il fallait que j’aille jusqu’au bout.Alors, le travail a été récompensé puisque j’ai réussi l’examen du premier coup et je suis donc rentré à l’École du Barreau avec le soulagement que vous imaginez. Parce que l’École du Barreau, c’est un peu comme certaines écoles de commerce.Le plus difficile, c’est d’y rentrer. Mais ne vous méprenez pas, l’École du Barreau, ce n’est pas non plus une promenade de santé. L’épreuve finale de déontologie, par exemple, pour laquelle l’ouvrage de référence fait plus de 1600 pages. Elle ne se prépare pas en un week-end.Et ma grande fierté, c’est d’avoir été la première de la promotion aux épreuves de contrôle continu. Et de ce fait, l’école m’a offert ma robe. Donc c’est vraiment une fierté pour moi parce que j’ai le sentiment que pour plusieurs raisons, et notamment parce que je n’avais pas suivi le cursus classique, je ne partais pas spécialement favorite.

Suite à ce très beau parcours. Auriez-vous des conseils à donner aux personnes qui souhaiteraient reprendre des études pour être comme vous maintenant ? Avocats.

Marie-Pierre Méquinion : Alors, il faut déjà avoir bien conscience que c’est complètement différent de suivre ce parcours quand on en a 20 ans et où quand on en a 40. A 20 ans, on a plus de temps à y consacrer parce que moins d’obligations. Mais à 40 ans, on a plus de maturité et on aborde les choses différemment, tant sur le fond que sur la forme. Je dirais qu’à mon avis, dans le cas d’une reprise d’études, pour réussir, il faut la réunion de trois conditions. Premièrement, une motivation à toute épreuve. Il faut s’accrocher à cet objectif avec un instinct de survie presque. Deuxième condition le travail. On dira ce qu’on voudra. Il y a énormément de choses à apprendre en droit des règles, des termes, des dates et, troisième condition, le soutien de la famille. Parce que pendant plusieurs années, on est un peu l’ombre de soi-même avec des périodes de stress intenses au moment des examens. Et notre participation à la vie familiale se réduit à une peau de chagrin. Il faut vraiment que le projet soit accepté et partagé par l’entourage.

Vous rappelez-vous du jour où vous avez prêté serment et quels souvenirs en gardez-vous ?

Marie-Pierre Méquinion : J’ai prêté serment le 11 janvier 2019. C’est un moment très important, très solennel, dont chaque avocat se souvient souvent avec émotions. C’est aussi la première fois qu’on porte la robe. Le souvenir que j’en ai, c’est bien sûr beaucoup de fierté. C’est un aboutissement. C’est la récompense d’années, d’efforts et de sacrifices pour y parvenir. Et c’est la vision de mes proches dans cette grande salle d’audience de la Cour d’appel de Versailles.

Dans quel type de structure avez-vous commencé vos activités et quel était votre rôle ?

Marie-Pierre Méquinion : J’ai commencé à exercer en tant qu’avocat collaborateur au sein du cabinet où j’avais effectué mon stage final de six mois. Il s’agissait d’un cabinet généraliste, ce qui m’a permis de traiter des dossiers de domaines très variés tels que le droit de la famille. J’ai également traité des dossiers de droit du travail, essentiellement des licenciements côté employeurs ou salariés, du droit pénal, du droit civil et plus particulièrement du droit des contrats qui regroupent de nombreux litiges, notamment les litiges entre bailleurs et locataires. Les litiges dans le cadre de l’exécution de contrats avec ou entre entreprises. Pour chacun des dossiers qui m’ont été confiés, j’ai rédigé les conclusions, c’est-à-dire l’argumentaire, et je les ai plaidés donc défendus devant les juridictions. Le fait de traiter des dossiers variés a permis d’acquérir une expérience très diversifiée et c’est exactement ce que je recherchais au départ. Aujourd’hui, dans chacun de ces domaines, je suis capable de traiter un nouveau dossier. Et puis, ma double compétence est aussi un véritable atout dans des dossiers transverses. Et dans ce cabinet, l’un des avocats est spécialisé en procédure d’appel. L’appel en deux mots, c’est la possibilité pour un justiciable qui n’est pas satisfait de la décision rendue par un tribunal ou un conseil de prud’hommes de demander sous certaines conditions, mais je ne vais pas rentrer dans les détails. Que l’affaire soit rejugée une deuxième fois par une cour d’appel cette fois. Et cette procédure, la procédure d’appel est extrêmement technique. Donc, travailler dans ce cabinet m’a aussi permis d’approfondir la technicité de la procédure d’appel.

Comment avez-vous poursuivi ce début de carrière ?

Marie-Pierre Méquinion : Au bout d’un moment, j’ai eu envie de connaître autre chose. Et parce que finalement, je ne connaissais qu’un seul cabinet puisque c’est là que j’avais fait mon stage. Donc, d’une certaine façon, je ne connaissais qu’une façon de raisonner, qu’une façon de rédiger, qu’une seule organisation. Donc, j’ai trouvé une collaboration dans un autre cabinet pour me permettre d’enrichir mon expérience.

Alors maintenant, votre expérience va bientôt avoir deux ans. Quel est pour vous le meilleur souvenir professionnel ?

Marie-Pierre Méquinion : Sans doute. Comme la plupart de mes confrères, c’est le premier dossier gagné. Quand vous voyez une décision qui donne raison à votre client avec votre nom sur la première page et vous vous rendez compte que le magistrat a justifié sa décision en reprenant votre argumentaire, vous avez le sentiment d’avoir atteint le Graal et une fois qu’on en a gagné un. On a envie d’en gagner un plus difficile. Après, au-delà du meilleur souvenir professionnel, il est évident que certains dossiers nous marquent plus que d’autres. De par la difficulté du temps qu’on y a consacré et surtout par la situation plus ou moins difficile dans laquelle se trouve notre client, l’avocat fait partie des métiers ou au moins au début. Peut-être qu’après, au bout de dix ou quinze ans, on a plus de détachement, mais au moins au début, on ramène ses dossiers à la maison. Pas forcément au sens propre. Encore que, mais en tout cas au sens figuré. Je veux dire par là que certains dossiers vous suivent et restent dans votre esprit le soir et le week-end. Sur le fond, parce que vous réfléchissez aux arguments sur lesquels vous allez pouvoir vous appuyer. Et puis, sur la forme, en cherchant la formule, la petite phrase qui va marquer votre plaidoirie.

A travers ce podcast, je souhaite faire comprendre les spécificités de votre métier sont en général un peu plus spécifiques à l’invité. Alors, pourriez-vous m’expliquer ce qu’est une toque d’avocat ? Et si vous la connaissez, son origine ?

Marie-Pierre Méquinion : La toque, initialement, correspondait aux chapeaux que les gens de justice portaient lors des audiences et les cartons de ces toques servaient de boîte aux lettres aux avocats dans les tribunaux. Depuis longtemps, cet attribut a disparu du costume de l’avocat. Et aujourd’hui, quand vous entendez un avocat parler de sa toque, ça correspond en fait à un casier numéroté qui lui est attribué dans le tribunal judiciaire de son barreau. Un casier dans lequel il reçoit son courrier professionnel.

Très heureux de savoir de connaître cette définition. Alors maintenant, par rapport à quelque chose qui est plus proche de vous, pouvez bien que la toque le soit aussi. Pouvez-vous m’éclairer sur la notion de référé ? Et dans quelle situation cela est utilisé ?

Marie-Pierre Méquinion : Le référé est une procédure particulière qu’on retrouve dans différentes juridictions, le tribunal judiciaire, le tribunal de commerce, le conseil de prud’hommes et qui permet, si le litige répond aux conditions pour être traité en référé, d’obtenir une décision beaucoup plus rapidement. Évidemment, à l’heure où les délais de la justice sont souvent très longs, ça fait rêver. Alors pourquoi la décision est-elle rendue plus rapidement ? Eh bien, pour deux raisons essentielles. Tout d’abord, parce que la décision va être prise par un seul magistrat et non trois. Généralement, le président de la juridiction ou un magistrat qui le délègue, et également parce que les conditions pour accéder au référé sont strictes. On dit souvent que le juge des référés est le juge de l’urgence ou de l’évidence. Donc, pour que le magistrat accepte de trancher seul le litige dans un délai court, il va falloir lui démontrer soit l’urgence de la situation, soit l’évidence. Pour l’urgence, vous pouvez par exemple avoir le cas de quelqu’un qui s’aperçoit que l’arbre dans le jardin de son voisin penche terriblement. Car avec la première tempête, potentiellement, l’arbre va tomber sur sa maison et le voisin ne veut rien faire. Dans ce cas-là, bien sûr, il y a urgence à contraindre le voisin soit à sécuriser l’arbre. Et si ce n’est pas possible, à l’abattre. Autre cas qui arrive régulièrement quelqu’un sort un livre et une personne s’y sent attaqué ou diffamé. Alors, elle va demander en référé le retrait du livre à la vente. Pour l’évidence, par exemple, vous pouvez avoir le cas de quelqu’un qui a acheté un canapé blanc le jour où le canapé lui est livré. Il est vert et le vendeur ne veut rien savoir. Pour un bien là, vous avez votre bon de commande où il est indiqué que le canapé doit être blanc. Le bon de livraison qui indique que le canapé est vert. A priori, il n’y a pas trop à discuter. Le juge des référés peut également accorder une provision. Par exemple, si vous avez un prestataire qui se charge de la rénovation de dix bureaux dans une entreprise, s’il se trouve qu’il y a une malfaçon dans l’un des bureaux. Du coup, l’entreprise refuse de payer la facture. Dans ce cas, le prestataire peut demander en référé une provision, car certes, il y a un litige sur un bureau. En revanche, les neuf autres qui sont correctement faits doivent être réglés sans délai. Mais alors, attention, il y a quand même une chose très importante à savoir, c’est que la décision du juge des référés, elle, n’est que provisoire. C’est-à-dire que si quelqu’un n’est pas satisfait de la décision rendue par le juge des référés, la personne peut parfaitement introduire une procédure classique. Et les juges ne seront aucunement liés par la décision prise en référé et ils pourront donc prendre une décision totalement différente. Il y a un autre cas où le référé est très utile, c’est lorsque l’on souhaite demander une expertise, alors ça peut être une expertise médicale, automobile, dans le domaine de la construction ou autre, une expertise qui œuvre pour des raisons X ou Y doit être réalisée rapidement. Et donc, qui ne peut pas attendre l’introduction d’une procédure classique.

Merci pour cette définition très complète et pour tous ces exemples précis. Maintenant, on sait ce qu’est un référé. Les avocats font parties des professions réglementées dans le secteur juridique, comme les notaires, les huissiers et autres commissaires-priseurs. Dans votre cas, quels sont les vecteurs de communication à votre disposition ?

Marie-Pierre Méquinion : Pour ma part, j’ai un site Internet comme la plupart de mes confrères. Mais il ne faut pas se leurrer, on est très nombreux et un site Internet ne suffit pas. Le meilleur vecteur de communication, ce sont les clients, c’est le bouche à oreille. S’ils sont satisfaits, ils vous recommandent à d’autres personnes. Et les clients satisfaits ne sont pas forcément ceux qui ont gagné. Ceux qui sont gagnés généralement sont satisfaits, mais parfois le client a perdu. Mais il a conscience que son avocat a fait le maximum et qu’il lui a évité une décision plus défavorable. Il y a aussi un autre vecteur de communication, ce sont les confrères. On a tous plus ou moins des domaines de prédilection. Donc, si un client vient nous voir pour un litige portant sur un domaine dans lequel on n’intervient pas ou dans lequel on n’est pas à l’aise, on ne va pas le laisser comme ça. On va faire le tour de notre réseau pour lui proposer un confrère. Il sera libre d’aller voir le confrère ou pas, mais on lui propose un confrère qui intervient dans le domaine concerné. Donc, parfois, ce sont les confrères qui nous font de la publicité.

Avez-vous une idée des autres canaux de communication qui pourraient vous mettre encore plus en lumière ?

Marie-Pierre Méquinion : Des initiatives comme la vôtre permettent de nous présenter et de nous exprimer. Et c’est très important parce que les avocats ne sont pas que des techniciens du droit. Si vous regardez les sites Internet des avocats, on pourrait croire qu’on est tous capable de faire plus ou moins la même chose. Mais il y a un aspect qu’on ne voit pas sur un site Internet, c’est la personnalité des uns et des autres. Or, vous allez avoir des personnalités qui vont mieux correspondre que d’autres aux attentes de chacun des clients, qui sont eux-mêmes également tous différents. La relation humaine entre le client et l’avocat est extrêmement importante. Il faut vraiment qu’il y ait une confiance réciproque. Je n’irai pas dire qu’il faut une affinité s’il y a une affinité, tant mieux. C’est plus agréable pour tout le monde, mais ce n’est pas forcément nécessaire. En revanche, il faut au minimum du respect de part et d’autre et de la confiance pour se dire les choses. Donc, les vecteurs qui pourraient nous mettre en lumière sont ceux qui pourraient nous permettre de nous exprimer idéalement oralement, car c’est ce qui permet le mieux de cerner la personnalité de quelqu’un, mais également par écrit. C’est vrai que pour les confrères qui ont la possibilité et l’opportunité d’intervenir dans les médias, c’est une très belle vitrine. Mais c’est à double tranchant. Parce que si vous faites le moindre faux pas, les réseaux sociaux se chargent du reste.

La langue française est partie intégrante de votre pitié. Il y a maintenant un petit rituel dans ce podcast pour chaque invité, connaître le nom ou l’expression peu usité que vous appréciez tout particulièrement.

Marie-Pierre Méquinion : Il y a un terme que j’aime bien parce que je ne le connais pas depuis très longtemps, depuis deux ou trois ans. Il est peu connu et peu utilisé, alors c’est toujours amusant de voir les gens interloqués quand vous l’employez parce que ceux qu’ils connaissent ne l’entendent pas souvent et ceux qui ne le connaissent pas. Ce qui était mon cas, se demande ce que ce mot bizarre peut bien vouloir dire. C’est l’adjectif amphigourique qui se dit d’un style ou d’un écrivain embrouillé et obscur, souvent plus ou moins volontairement d’ailleurs. J’ai découvert ce terme par hasard parce qu’un confrère reprochait à son adversaire d’avoir écrit plusieurs pages de propos, particulièrement amphigourique. Par curiosité, j’ai cherché la définition de ce terme et partageant un peu l’avis de mon confrère sur le fait que les écritures adverses n’étaient vraiment pas claires. La petite pique lancée comme ça, incidemment et discrètement, m’avait beaucoup amusé et du coup, je m’en suis toujours souvenu.

Je pense que je n’avais pas entendu ce mot et maintenant, je vais essayer de l’utiliser à bon escient. A l’inverse, quels tics de langage oral n’appréciez-vous pas ?

Marie-Pierre Méquinion : Pas beaucoup. Je dirais que les anglicismes à outrance me gênent un peu. On a une langue magnifique, peut-être la plus belle au monde. On a un vocabulaire extrêmement riche qui permet, une multitude de nuances. Alors quand dans une phrase, il y a un mot sur deux en anglais, j’avoue que ça me perturbe un peu. Je vais vous en donner quelques-uns en vrac. Un reporting, c’est un tableau de bord. Forwarder c’est transférer, une deadline c’est une date butoir, une échéance. On n’est pas overbooker on est débordé. Un listing, c’est une liste. C’est même plus court en français. Et un challenge, c’est un défi. Et là encore, c’est plus court en français. Après, pour être honnête, il y en a certains que j’utilise régulièrement. Par exemple, je dis beaucoup plus souvent mail que courriel, tout simplement parce que le terme courriel est arrivé bien après le terme mail auquel, du coup j’étais bien habitué. Et dans tout ça, je vous ai listé. Il y en a beaucoup que j’utilise ponctuellement aussi. En fait, c’est l’accumulation dans un temps très court ou dans un paragraphe qui me gêne. C’est too much. Ça, c’était pour la boutade. Et pour le coup, le monde judiciaire est assez préservé de cette déviance. On est même parfois, dans l’excès inverse à avoir conservé des termes ou des locutions latines qui peuvent paraître archaïques. Mais je dois dire que j’apprécie souvent le style littéraire de mes confrères, que ce soit à l’écrit, dans leur écriture ou à l’oral, dans leurs plaidoiries. Donc, ce n’est pas dans le milieu professionnel, finalement, que je suis le plus le confronter à ce type de langage. Et je vous fais cadeau du podcast parce que je n’ai pas trouvé d’équivalent.

Je vous en remercie grandement. Alors, nous arrivons à la fin de cet épisode. Y a-t-il une question à laquelle vous auriez aimé répondre ?

Marie-Pierre Méquinion : Oui, il y a une question à laquelle j’aimerais répondre, eue égard à quelques dossiers que j’ai en tête. A quel moment faut-il consulter un avocat ? Eh bien, je dirais que le plus tôt est le mieux pour éviter que le client se dise plus tard. Si seulement j’avais su. L’avocat peut éviter aux clients de faire une erreur, de dire ou d’écrire quelque chose qui peut potentiellement vraiment se retourner contre le client dans le cadre d’une action judiciaire. Et puis, il y a en droit ce qu’on appelle le délai de prescription. C’est le délai au-delà duquel vous n’êtes plus autorisé à agir en justice. Quand bien même vous seriez dans votre bon droit sur les faits, je ne vais pas rentrer dans les détails. Mais généralement, ce délai est de cinq ans. Cinq ans à compter du jour où vous avez connu ou vous auriez dû connaître les faits qui vous permettent de faire valoir vos droits. Il peut être plus ou moins long. Il est un peu plus long pour la réparation des dommages corporels, mais par exemple, il n’est que de deux ans en droit de la consommation pour les actions des professionnels à l’encontre des consommateurs. Deux ans, c’est court. Le délai de prescription, c’est un véritable couperet. Il n’est pas négociable. Vous le dépassez de 24h, c’est terminé, c’est trop tard. Vous n’imaginez pas la frustration d’un avocat qui voit un dossier arriver, où il a le sentiment qu’il ne peut pas perdre, mais où il voit que le délai de prescription est dépassé. Alors, pour l’avocat, la frustration est passagère. Il s’en remettra. Mais pour le client, le dossier, il est définitivement et irrémédiablement perdu. Je me souviens d’un dossier qui m’avait marqué parce que le dossier était quasi gagné d’avance et ça s’est joué à trois mois près. On était sur un problème de vices cachés automobile. Et le client pourrait être sûr de son coup, avait sollicité une expertise auprès de son assureur. L’expertise était accablante, donc il a envoyé une mise en demeure au constructeur. Et tout ça a pris plusieurs mois. Et quand il a fait appel à son avocat, le délai de prescription était dépassé de trois mois. Alors, s’il avait contacté son avocat dès le départ, il lui aurait dit tout de suite engager l’action en justice. Quitte à se désister par la suite si le résultat d’expertises n’allait pas dans le bon sens. Mais au moins, l’action aurait été lancée. Mais le client a cru bien faire. Il avait une expertise qui lui ouvrait un boulevard pour être indemnisé. Et il n’a jamais pu rien en faire.

Merci pour cette excellente question. Peut être la meilleure question, c’est celle que je n’ai pas posée. C’était très enrichissant. Maintenant, c’est un peu plus sur vous. Comment peut-on prendre contact avec vous ?

Marie-Pierre Méquinion : Alors, vous pouvez trouver mes coordonnées sur mon site internet, M comme Marie, P comme Pierre, M comme Marie, le tiret du six avocat au singulier point FR ou sur l’annuaire des avocats du barreau de Versailles. Et ensuite, pour me contacter, le plus simple est encore le mail.

Je vous remercie pour cet entretien.

Marie-Pierre Méquinion : Merci à vous.

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