Pouvez-vous m’indiquer votre métier ? Me décrire brièvement en quoi il consiste.

Alors, déjà je vous remercie de m’avoir invité. Mon métier comme vous le savez, je suis avocate en protection de données et numérique. J’interviens aussi plus spécifiquement en propriété intellectuelle, j’accompagne des entrepreneurs sur la conformité des sites web et applications, ainsi qu’en contrats commerciaux, et de manière générale, dans le développement de leur activité commerciale.

Avez-vous imaginé faire ce type de métier quand vous étiez enfant ?

Tout à fait. J’ai eu envie de devenir avocate dès le plus jeune âge. En fait, en primaire, à 8 ans plus exactement, j’avais comme beaucoup d’autres enfants accès à la télé, et j’aimais bien regarder la série américaine Law and Order. Donc, New York police judiciaire en français, et on a retrouvé avec ma sœur il y a quelques années, nos carnets Diddle, qui nous permettent de dater exactement de quand date mon envie d’être avocate. Et donc dans ce carnet Diddle, il y avait marqué qu’à 8 ans je voulais être avocate ou chanteuse dans une comédie musicale. Donc, j’ai gardé avocate.

En dehors de la série télé, est-ce qu’il y avait des avocats autour de vous à cette période ?

Alors, pas du tout. Je suis la première avocate dans la famille, je suis d’origine russe, et en Union soviétique, d’où mes parents viennent, le métier d’avocat était très peu populaire, ce n’était pas un état de droit, donc il y avait bien sûr des avocats, surtout pénalistes, mais c’était un métier dont on n’entendait pas forcément parler. J’ai découvert vraiment cette profession, pendant mon enfance grâce à la télé, grâce aux séries américaines, qui m’ont vendu pas mal de rêves et qui m’ont données envie de devenir justement un défenseur pour les droits et libertés des personnes.

Est-ce que vous avez continué à regarder des séries télé telles que Your Honor peut-être ?

Oui, je l’ai regardé d’ailleurs tout récemment, vu qu’elle est toute nouvelle, j’ai adoré et j’adore l’acteur principal. Donc oui, j’ai vraiment apprécié cette série.

Quel est votre parcours d’étudiant ? 

J’ai eu un parcours assez classique. J’ai commencé mes études à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, qui était du coup mon université de secteur. J’y ai fait ma licence de droit et ensuite je suis partie à Paris Sud en master 1. Car l’université Paris Sud offre la possibilité de suivre un Master 1 droit, innovation communication culture, qui permettait donc dès mon époque de se pré-spécialiser en Master 1 en propriété intellectuelle et numérique. Ce qui était encore très rare à l’époque donc ça m’a permis de choisir ma voie dès le Master 1. Ce qui est faisable aujourd’hui et qui est une bonne chose, mais à l’époque c’était assez rare. 

Donc vous insistez pour dire à l’époque, et ça remonte à quand ?

Mon Master 1, je l’ai fait en 2014, et ensuite j’ai eu la chance de faire un LLM à Hong Kong, qui est un Master de droit anglais. Et je l’ai fait par choix entre le Master 1 et le Master 2, parce que je n’ai pas eu la chance de faire un Erasmus pendant mes études en France entre la licence et le Master 1, et que le LLM permet de partir à l’étranger, de rencontrer des personnes de tous les horizons dans un cadre presque professionnel. Parce qu’il y a beaucoup de gens qui suivent les LLM, qui ne sont plus du tout des étudiants, mais vraiment des gens du monde professionnel, un peu comme un MBA. Et moi ça me permettait en plus d’apprendre le droit anglais, ce qui est important je pense dans un cadre international, et de renforcer mon vocabulaire juridique anglais également. Et pourquoi Hong Kong ? J’imagine que ça va être une de vos questions ! J’ai choisi d’aller à Hong Kong, parce que j’avais une affinité avec la Chine, j’avais été à titre personnel en voyage en Chine, à Pékin et Shanghai ainsi qu’à Hong Kong en 2013 et 2014. Et j’avais particulièrement apprécié Hong Kong, et comme Hong Kong était une ancienne colonie britannique, ils ont gardé pour le moment un système de Common Lawdonc ils offrent un système juridique de Common Law et ainsi des LLM en Common Law donc en droit anglais.

Aviez-vous eu un mentor ou une personne qui vous a fortement influencé durant vos études ? 

J’ai eu pas mal de mentors, parce que j’ai eu la chance de faire beaucoup de stages et c’est d’ailleurs ce que je recommanderais à beaucoup d’étudiants. J’ai fait 6 stages avant de rentrer dans le monde professionnel, notamment, mon stage à mon retour de LLM était au sein de cabinet Aturquoise avec Maître Anne-Marie Pecoraro, qui m’a donné la chance d’intégrer ses équipes pendant 4 mois, en propriété intellectuelle. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, j’ai également beaucoup appris auprès de Maître Emilie De Vaucresson, de EDV avocats, chez qui j’ai fait mon stage de fin d’études de Master 2, et qui m’a donné la chance de l’accompagner dans des rendez-vous clients, de vraiment être considérée comme une collaboratrice junior, alors que je n’étais qu’en Master 2, qui m’a vraiment fait aimer le métier, et avec qui je suis toujours en contact aujourd’hui, et je la salue si elle écoute le podcast ! J’ai aussi eu la chance de rencontrer des équipes très sympas, au cours de mon stage final à l’école d’avocats chez Hogan Lovells, qui est un cabinet américain. Toute l’équipe était absolument géniale, et on a eu une très bonne entente. On était tous de bi-culture, quasiment tous. Il y avait vraiment une vraie diversité dans les équipes et j’ai eu la chance de beaucoup travailler à l’époque avec Maître Aissatou Sylla en contrats informatiques qui m’a aussi beaucoup appris. Et aujourd’hui avec Oriana Labruyere, j’apprends tous les jours et je la remercie énormément pour ça.

Donc la question suivante, c’est auriez-vous des conseils à donner aux étudiants ? Apparemment, c’est faire des stages. Vous avez peut-être d’autres choses à leur dire ? 

Oui de faire des stages clairement c’est essentiel, j’ai commencé à faire des stages dès la L2, alors que je n’avais pas forcément de personne dans le milieu, mais je pense que grâce au bouche à oreille, si on essaye de solliciter son réseau qui sollicite son réseau qui sollicite son réseau, on peut toujours trouver quelqu’un de bienveillant qui nous prendra sous son aile. Donc j’ai fait un stage d’un mois en droit pénal en L2 qui était très intéressant, parce que, à l’origine de l’origine, de l’origine, j’avais envie d’être pénaliste. Ce stage m’a fait comprendre que c’était un domaine très intéressant, mais très compliqué émotionnellement. Ce n’était pas forcément pour moi, même si je trouve ça admirable et ensuite j’ai fait un stage en propriété intellectuelle, au bout de la L3, puis mon stage après le LLM, puis un autre stage en M2, puis 2 stages à l’école d’avocats et avec 6 stages à mon arc, j’ai quand même mis quelque temps à trouver une collaboration. Donc ça montre que le domaine est vraiment très concurrentiel, et qu’on est déjà beaucoup à faire des stages donc les stages c’est hyper important, mais ce n’est pas suffisant. Il faut également, je pense, développer ses soft skills, je n’aime pas les anglicismes, mais je vais en utiliser un ici, parce que c’est quand même le terme qu’on emploie souvent, mais c’est vraiment important je pense d’avoir quelque chose de plus, d’avoir des choses qui nous intéressent en dehors du droit, ou au moins d’être dans des associations qui sont juridiques. D’avoir vraiment quelque chose de plus qui montre votre personnalité, et qui donne envie au recruteur d’en savoir plus sur vous, vraiment un aspect plus personnel, en tout cas moi je sais qu’en tant que recruteur aujourd’hui, c’est ce que je regarderai. Je trouve qu’un beau CV, avec des beaux stages, des beaux Masters c’est chouette. Avec beaucoup de langues c’est encore plus chouette, surtout si ce n’était pas une langue qui a été due par exemple à une origine ethnique, c’est d’autant plus admirable de vouloir apprendre une troisième ou une quatrième langue. Mais c’est vrai que le monde associatif c’est une opportunité que certains peuvent avoir, on ne peut pas toujours tous se le permettre, mais c’est une bonne chose si on peut intégrer des associations, et il y a également le fait de faire des jobs étudiants. Par exemple, je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui financièrement, ne peuvent pas se permettre de faire des stages payés au lance-pierre. Dans ces cas-là, je les invite à faire des jobs étudiants. Moi j’ai toujours alterné entre les deux : entre les stages et les jobs étudiants, pour pouvoir justement être indépendante financièrement, et si je vois un CV d’un étudiant qui n’a aucun stage, mais qui a fait des jobs étudiants chaque année, je ne vais pas du tout lui en porter rigueur, je dirais que c’est quelqu’un d’indépendant qui s’assume financièrement, et qui a dû apprendre plusieurs choses sur le terrain de manière opérationnelle qui sont hyper intéressantes. La relation client on l’apprend vraiment dans les jobs étudiants je trouve. D’ailleurs par exemple s’agissant des étudiants de milieu populaire, à titre personnel je suis bénévole dans plusieurs associations, dont l’association Article 1, que je viens de rejoindre récemment, et qui permet d’avoir des projets de mentorat pour les étudiants de milieux populaires pour avoir justement un mentor qui les accompagne. Un mentor qui est dans le même domaine qu’eux, donc moi par exemple, ça va être les étudiants en droit, et je vais avoir un coup de fil, un contact mensuel avec l’élève que je suis. Et je vais le suivre sur plusieurs années donc même s’il vient d’un milieu populaire, qu’il est boursier, d’ailleurs une des conditions c’est d’être boursier et qu’il connait vraiment personne dans son entourage proche qui peut l’aider, grâce à l’association Article 1, il va avoir justement ce suivi-là, et je pense que c’est une opportunité.

Comment on fait pour contacter cette association ? S’il y a des personnes qui écoutent qui seraient intéressées ? 

Oui, n’importe qui peut contacter cette association, que ce soit des professionnels comme moi qui ont envie d’être bénévole, ou des étudiants qui veulent rejoindre pour bénéficier du mentorat, il suffit juste d’aller sur le site de l’association Article 1. Vous tapez Article 1 association mentorat vous allez trouver tout de suite sur les moteurs de recherches, ils ont également un Instagram Article 1 on les trouve très facilement.

Quel jour avez-vous prêté serment ? Et quel souvenir en gardez-vous ?

J’ai prêté serment il n’y a pas si longtemps que ça, le 22 janvier 2020. Donc ça fait un peu plus d’un an que j’exerce. Je me souviens très bien de ce jour, parce que c’était il n’y a pas si longtemps, mais également parce que la cérémonie était quand même très jolie. C’est toujours chouette d’être entourée de ses proches, surtout quand personne de mon entourage n’est dans ce milieu. Ça les impressionne toujours un peu de voir un tribunal. Moi j’ai prêté serment devant la première chambre de la Cour d’appel de Paris, qui est quand même une chambre très jolie, au tribunal judiciaire de Paris, à l’ancien Palais. Je regrette d’ailleurs qu’on ne puisse plus aller à l’ancien palais, et que tout ce qui est première instance se déroule dans le 17éme qui est un peu moins chouette et beaucoup plus difficile quand on circule dans ce Palais, mais bon, la cour d’appel de Paris, elle est très belle, elle est très impressionnante et ça en mets plein la vue à nos proches et c’est très valorisant. Et après avoir prêté serment dans la première chambre de la cour d’appel de Paris, on se rend ensuite dans la bibliothèque, et alors la bibliothèque je trouve que c’est encore plus incroyable que la première chambre de la cour d’appel de Paris, parce qu’on se croirait vraiment dans Harry Potter c’est très impressionnant c’est très beau, et ça donne vraiment envie de rejoindre cette profession.

Dans quel type de structure avez-vous commencé vos activités et quel était votre rôle ? 

Mes activités en tant que stagiaire ou élève avocate, je les ai fait dans différentes structures, j’ai vraiment été dans des cabinets de niche, avec une seule personne, un seul associé comme dans des grands groupes, j’ai été en stage par exemple pendant l’école d’avocats chez Pernod Ricard, qui est une boite du CAC40, j’ai été comme je vous le disais tout à l’heure chez Hogan Lovells, qui est un cabinet américain, donc j’ai vraiment fait un parcours, on va dire très complet si on peut dire ça comme ça. J’ai vraiment essayé de voir différentes structures, des entreprises, des grands cabinets, des petits cabinets. Quand j’ai cherché ma première collaboration j’ai cherché un petit cabinet en priorité. Parce que je suis retournée un peu à mes premiers amours et je considère que la relation client, en tout cas à l’heure actuelle, est plus intéressante dans un petit cabinet ou en tant que collaboratrice, je peux vraiment être indépendante, vraiment être au contact des clients, faire des rendez-vous clients toute seule vraiment être en tête à tête avec le client, et comme ce que je préférais dans l’entrepreneuriat et dans la relation entre un avocat et un client c’est justement cet échange un peu personnel plus au moins humain, très généralement très humain, puisque je préfère les TPE et PME. J’ai donc à faire directement au fondateur de l’entreprise, ça me correspond plus. Je pense que les grands cabinets ont tout leur intérêt également, mais ce n’est pas un mode d’exercice qui me correspond aujourd’hui en tout cas.

Pouvez-vous nous préciser où vous exercez, vous l’avez dit un peu tout à l’heure, vous pouvez peut-être développer un peu.

Je suis actuellement collaboratrice libérale au sein du cabinet de niche Oriana Labruyere&Co, qui est expert justement en numérique et protection des données.

 Alors, après ces nombreux stages, et cette année un petit peu plus d’un an après avoir prêté serment quels seraient ou quels sont vos meilleurs souvenirs professionnels ?

Je ne pourrais pas choisir un seul meilleur souvenir, c’est toujours compliqué, parce qu’il y a beaucoup de choses qui me plaisent !

Vous avez droit à plusieurs dans ce cas-là !

OK super, alors comme je le disais tout à l’heure, ce que je préfère comme activité, en tout cas aujourd’hui, c’est vraiment l’échange avec le client, parce que c’est ce qui me permet justement de le guider, d’échanger avec lui de construire avec lui, et c’est ce qui me plait le plus. Donc j’aime vraiment particulièrement guider les entrepreneurs pour leur permettre d’améliorer leurs projets, de faciliter leurs activités, ça c’est plus pour la relation client on va dire, et après au sein de mon cabinet actuel, on a la chance de faire pas mal de réunions d’équipe pour justement créer, construire ensemble notre stratégie de développement commercial, et moi j’adore ces réunions, parce que c’est ce qui me permet de vraiment me sentir entrepreneur, c’est vraiment à ce moment-là qu’on sent que même en tant que collaboratrice on participe vraiment à l’évolution du cabinet, et que dans ce cabinet on est là, pas simplement pour produire des livrables pour les clients, mais vraiment pour être dans une démarche de collaboration commune avec toute l’équipe et ainsi faire grandir et faire connaître notre cabinet au plus grand nombre et je pense que l’implication et la bienveillance sont vraiment des notions clés pour que les collaborateurs libéraux puissent s’épanouir dans cette profession.

Donc des bons souvenirs, vous en avez quasiment toutes les semaines apparemment !

Maintenant que j’ai rejoint ce cabinet oui. Et je pense que j’ai eu énormément de chance parce que d’ailleurs dans la plupart de mes stages, j’ai eu que des bonnes expériences et que des personnes bienveillantes, et je sais qu’il y a pas mal malheureusement de stagiaires et d’élèves avocats ou même de collaborateurs qui ont eu des expériences parfois traumatisantes, mais moi, c’est vrai que j’ai eu beaucoup de chance là-dessus, en tout cas, j’ai choisi des cabinets qui me permettaient de me sentir à l’aise et de me sentir valorisée également. 

Je souhaite à travers ce Podcast, bien faire comprendre les spécificités du métier d’avocat, vous êtes avocate en droit numérique et protection des données, je veux donc en profiter pour poser quelques questions à ce sujet. Pouvez-vous m’expliquer ce qui a changé depuis l’arrivée du RGPD autant coté entreprise que coté particulier ?

Avec le RGPD, donc le règlement général sur la protection des données, on a un vrai changement on va dire une vraie évolution des mentalités, une vraie sensibilisation au fait de protéger la vie privée que ça soit du côté particulier ou du côté entreprise. Les gens ont beaucoup plus conscience, et beaucoup plus connaissance de ce qu’est la vie privée, pourquoi on doit la protéger, et de quel sont les enjeux par exemple en ligne avec le dépôt des cookies. Aujourd’hui les gens ne veulent plus avoir des intrusions constantes, des pop-up, des publicités ciblées, qui les suivent partout sans leur accord. Il y avait une statistique d’ailleurs que j’avais vu là-dessus, qui disait qu’aujourd’hui 78 % des Français sont plus sensibles à la protection de la vie privée. Pour les entreprises il y a une vraie opportunité dans le fait d’être conforme aux règles relatives à la vie privée, et aux règles de protection des données personnelles, parce qu’une entreprise qui est transparente, qui rassure ses clients, qui gagne leur confiance, et bien elle a tout gagné. Elle va vraiment avoir une image de marque très forte parce qu’elle est transparente et qu’on peut lui faire confiance, et qu’elle prend vraiment à cœur des sujets qui entre guillemets ne lui rapportent pas d’argent. Au début au niveau de la trésorerie d’une entreprise c’est toujours compliqué de dégager un budget pour le RGPD, pour la législation cookies, etc. Mais en fait ça permet de tellement gagner la confiance des clients et de gagner des nouveaux prospects que c’est rentable, c’est pour ça que dans le milieu, on dit souvent que le RGPD ce n’est pas une contrainte, c’est une opportunité.

 Vous venez d’évoquer la législation cookies, ce n’est pas la cuisine…. ?! Vous pouvez en dire un petit peu plus si ce n’est pas trop compliqué ? 

Non, ce n’est pas trop compliqué, un cookie c’est un petit texte qui vous suit qui se dépose sur votre terminal, donc votre ordinateur, votre téléphone, même sur votre console de jeux, et qui va suivre ce que vous faites sur ce terminal, si vous êtes sur un site web qui vend des brosses à dents, si vous avez accepté le dépôt des cookies, (si en tout cas le site vous a permis de l’accepter, parce que ce n’est pas toujours le cas malheureusement), si vous accepter ce dépôt des cookies et qu’ensuite vous allez par exemple sur Facebook, et qu’il y avait un dépôt cookies Facebook personnalisés qui permet de vous suivre, vous allez avoir des petites fenêtres pop-up sur Facebook, qui vous proposent : « tenez achetez cette brosse à dents », et ça c’est un petit cookie. Et pour certain ça peut être dérangeant parce que si par exemple, vous utilisez un ordinateur familial, et que vous avez fait des recherches qui pourraient ne pas plaire à tout le monde, ça va être dérangeant d’avoir des petites fenêtres pop-up qui vous rappel ce que vous avez recherché.

Pour faire un cadeau par exemple.

Oui voilà, exactement, pour faire un cadeau aussi ! Si vous avez recherché un iPhone 12, et que votre femme voit sur son fil, iPhone 12, elle va être dégoûtée, c’est beaucoup trop cher, peut-être qu’elle ne va pas comprendre que vous avez fait une recherche dessus, mais c’est vrai que si elle le voit chaque semaine, elle va quand même peut être avoir la puce à l’oreille.

Donc ça, c’est la définition et donc cette législation qu’est-ce qu’elle change par rapport à avant.

La législations cookies, c’est une législation qui oblige tout opérateur d’un site web, d’une application etc., de se mettre en conformité pour permettre à n’importe quel utilisateur d’accepter ou de refuser facilement le dépôt de ces cookies, un exemple plus concret ça va être une fenêtre pop-up, où il va y avoir un bouton accepter ou refuser au même niveau, même taille d’écriture, même police, et donc vous pouvez choisir soit d’accepter soit de refuser. Il y a beaucoup d’annonceurs qui ont peur qu’on refuse tout le temps, mais aujourd’hui si on vous donne le choix de dire ok, je suis d’accord pour les cookies un tel, mais pas pour les cookies un tel, vous allez quand même l’avoir votre cookie déposé, parce que les gens vont être éduqués dessus, ils vont comprendre ce qu’ils signent, alors qu’aujourd’hui, si vous ne leurs expliquez pas quel sont les cookies en particulier que vous voulez déposer, ils ne vous font pas confiance, donc ils vont tout refuser. Alors que si vous êtes pédagogue ils vont pouvoir peut être accepter. A titre personnel, parfois j’accepte, je me dis bon si ils veulent me suivre là-dessus ok, si c’est pour des cookies statistiques d’accord, par contre si c’est pour les cookies personnalisés je ne suis pas d’accord, et donc je peux choisir si le site est bien conforme. Il y a deux outils d’ailleurs qui sont pas mal la dessus, c’est Axeptio et Cookie bot, ces deux petits gestionnaires de cookie permettent justement d’accepter ou de refuser facilement les cookies, et expliquent cookie par cookie quel sont les fonctionnalités, et donc les sociétés qui veulent se mettre en conformité elles ont juste à s’abonner à ce gestionnaire et ça se mets en place en même pas une heure sur le site web, et c’est très facile. C’est très accessible aujourd’hui d’être conforme.

La législation évolue très vite dans le secteur, comment restez-vous informé de toutes ces évolutions ?

Alors, pour rester informée, par exemple les cookies ça a encore évolué en septembre 2020, c’est vrai qu’on a des évolutions constantes, donc le plus simple pour suivre l’actualité, aujourd’hui en données personnelles ou de manière plus générale en numérique ou en propriété intellectuelle, c’est de suivre des sites spécialisés par exemple les sites des autorités de protection des données : pour la France la CNIL. Elle publie des brèves toutes les semaines voire parfois tous les jours. L’ANSSI qui est l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information, pareil elle publie pas mal de brèves et elle publie également pas mal de guides. Il y a aussi l’ICO qui est au niveau britannique l’autorité de protection des données, pareil elle publie des brèves qui sont intéressantes. Il y a pas mal de sites spécialisés ou d’autorités ou d’administrations qui publient des brèves d’actualité, il y a également le site Next Impact, qui publie de très bonnes brèves d’actualités sur le sujet du numérique. Legalis aussi. Il y a vraiment beaucoup de sites spécialisés aujourd’hui qui permettent de suivre au fur et à mesure. Et LinkedIn est également un outil pas mal là-dessus, parce qu’il y a beaucoup de confrères ou de consultants dans nos domaines qui postent régulièrement des actualités, et d’ailleurs nous, on a créé un blog numérique qui s’appelle la Robe Numérique, dans lequel on essaye justement d’être à jour, et de poster pas mal d’actualités, des infographies ludiques, et aussi un podcast que vous avez déjà écouté d’ailleurs.

Tout à fait, très technique, très pointu, mais très intéressant pour ceux qui sont vraiment dans ce milieu de Tech.

Exactement.

À ce propos, je vois souvent les thermes de Légal design, je ne sais pas si on parle de Tech, mais pouvez-vous m’expliquer ce que c’est ?

Le Legal design, ce n’est pas forcément lié à mon domaine, c’est vraiment une manière de communiquer, c’est-à-dire qu’on se met du côté client, du côté utilisateur final, et pas du côté juridique. On va se mettre du coté de ce qu’on appelle le profane. On va essayer de rédiger des documents qui vont être beaucoup plus lisibles, beaucoup plus clairs, beaucoup plus spécifiques, et ça permet justement de s’assurer que l’utilisateur, ou le contractant, a compris ce à quoi il s’engage. Nous par exemple en termes de legal design, ce qu’on fait c’est beaucoup d’infographies, ça permet de vulgariser, synthétiser grâce à des mots clés, grâce à des images, des informations qui sont assez indigestes, parfois, mais ça peut être tout simplement le faite de rédiger un contrat avec des termes clairs et précis, et d’éviter d’utiliser trop de jargon juridique, ce qui fait que parfois c’est vraiment des contrats de 20, 30, 40 pages illisibles alors que si on faisait par exemple un contrat de 5 pages où chaque article c’est une question, ça permettrait de mieux comprendre ce à quoi on s’engage, et le contenu de ce contrat. 

Les avocats font partie des professions réglementées dans le secteur juridique comme les notaires, les huissiers de justice et autres commissaires-priseurs, quels sont les vecteurs de communications dont vous disposez en tant qu’avocate.

Nous, on utilise beaucoup de vecteurs de communication. A titre personnel j’adore la communication, je pense que c’est une formidable opportunité dont en doit se saisir, surtout aujourd’hui en ligne donc, on en utilise vraiment beaucoup. A l’origine j’étais beaucoup sur les réseaux sociaux, sur LinkedIn, en particulier pour le monde professionnel, à titre personnel quand j’étais photographe autodidacte, j’étais beaucoup sur le réseau social Instagram ainsi que sur Facebook, et donc avec mon cabinet actuel ORIANA LABRUYERE&CO, on a décidé de s’étendre sur Instagram et sur Facebook donc c’est en cours, et j’ai découvert récemment Club house, sur lequel j’ai été invitée par des confrères du milieu, et que j’apprends à maitriser, je ne pense pas que ce soit forcément un outil de communication, mais plus un outil d’échanges, et qui peut offrir de très bonnes opportunités avec des chambres virtuelles, dans lequel on peut échanger avec plein de personnes de vive voix, que l’on aurait pas forcément rencontré dans un autre univers. Et d’ailleurs, sur les réseaux sociaux, LinkedIn c’est un réseau formidable, nous deux on s’est rencontré grâce à LinkedIn, je ne sais pas si en dehors de la crise on aurait eu une telle opportunité d’échanges sociaux, sur les réseaux sociaux. Je pense qu’aujourd’hui ce sont les réseaux sociaux qui nous permettent de faire plein de rencontres, d’être au contact de plein de personnes qui ne nous auraient pas forcément contactés dans un autre contexte.

Avez-vous une idée des autres canaux de communication, qui pourraient vous mettre encore plus en lumière ? 

Il y a un canal, de communication qu’on commence à utiliser, qui est la télévision, c’est quelque chose que mon associée Oriana Labruyère, maitrise de mieux en mieux, elle est pas mal invitée sur pas mal de plateaux et c’est vrai que c’est un vecteur qui n’est pas nouveau, mais que finalement les avocats utilisent très peu, donc je pense que c’est une bonne chose de s’en saisir. Oriana est déjà passée sur Forbes sur BFM, il y a plusieurs consœurs et confrères qui sont passées sur BFM business. Donc ça commence à émerger, mais c’est encore très récent, donc si on peut se faire une petite place dans le milieu de la télé et de vulgariser un peu notre domaine, pour justement expliquer au plus grand nombre, pourquoi c’est important de protéger sa vie privée, je pense que c’est un bon outil.

La langue française fait partie intégrante de votre métier, il y a maintenant un petit rituel dans ce podcast pour chaque invité, c’est de connaître le mot ou l’expression usitée, que vous appréciez tout particulièrement ? 

Cette question, elle donne du fil à retordre à pas mal de vos invités, moi, j’ai choisi une expression que l’on entend très peu je pense, et que j’espère faire découvrir aux personnes qui nous écoutent, c’est « Avoir peur du Garri Babou », alors c’est une expression qui veut dire « Avoir peur de pas grand-chose », c’est une expression provençale que je trouve rigolote, Babou ça veut dire ogre donc ça s’adresse plutôt aux enfants à l’origine, et j’ai remarqué qu’on a souvent peur de l’échec, que ça nous paralyse, alors que très souvent c’est justement l’échec qui nous permet de se construire d’apprendre à progresser, et à mieux se connaître. Et il y a un mot qui me vient à l’esprit, et que j’aime beaucoup c’est « la résilience », parce qu’échouer ça nous apprend la résilience. Par exemple, en entretien pour un stage ou une collaboration, ou même une association, il arrive souvent que des candidats aient peur face à un recruteur, comme un enfant face à un ogre, et il faut avoir en tête que le candidat est aussi là pour s’assurer que le recruteur lui convient aussi, cela va dans les deux sens et je pense qu’il faut un peu rétablir cette balance et se faire plus confiance. Il y a pas mal de candidats qui pensent qu’il existe un candidat parfait ce qui n’est pas vrai, il n’y a que des candidats motivés et des synergies qui se créent. Dans le pire des cas si cela se passe mal, eh bien tant pis, vous n’y retournerez pas, cela fera partie du passé vous n’avez plus de maîtrise sur cet évènement, et si cela se passe bien et que vous êtes retenu, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles,. Donc vous avez tout à gagner et pas grand-chose à perdre, donc je pense qu’il faut foncer et se faire confiance en entretien car vous n’êtes pas arrivé là par hasard.

Est-ce que vous pouvez nous redire un petit peu, parce que je crois que je ne l’ai jamais entendue ! 

L’expression, c’est « Avoir peur du Garri Babou. »

À l’inverse, quel type de langage à l’oral n’appréciez-vous pas beaucoup ? 

Je pense qu’on a tous des tiques de langages, donc je ne me permettrais pas forcément de les juger, je pense qu’il y a plutôt une chose à laquelle il faut faire attention, et c’est d’ailleurs une remarque que j’avais faite à des étudiants que j’ai briefé la semaine dernière pour un concours de plaidoirie, sur les techniques de plaidoiries. C’est de faire attention aux mots parasites, il y a des mots parasites qu’on utilise, j’en utilise également donc je ne vais pas les juger, donc c’est vrai qu’il faut faire attention aux mots parasites, il y’en a beaucoup. Et aussi au fait d’employer des formes écrites à l’oral, je trouve que ça rend le discours très bizarre, pas du tout naturel, donc c’est vraiment quelque chose auquel il faut faire attention.

Alors, voilà deux pistes d’améliorations, mais est-ce que vous pourriez donner des exemples entre les mots parasites, et puis vous avez peut-être en mémoire justement quelque chose qui devait être à l’écrit et que certaines personnes utilisent à l’oral ? Ce n’est pas pour les juger, mais c’est juste pour essayer de s’améliorer.

Alors, à l’oral si on utilise des expressions comme « en effet », je pense que c’est une forme très écrite, et qui peut sonner un peu étrangement à l’oral, pour les mots parasites on va avoir pas mal de « du coup ». Moi à titre personnel je l’utilise beaucoup et je sais qu’il faut que je travaille là-dessus, « du coup » c’est un vrai problème (rire). Il peut y avoir pas mal de mots, en fait c’est les mots de liaison « en fait » par exemple c’est un mot de liaison qu’on utilise constamment et si on le remplace par un silence, le discours sera tout aussi bien.

Pour conclure cet épisode, y a-t-il une question à laquelle vous aimeriez répondre et que de fait, je ne sais pas si je peux utiliser le (de fait là), Et qui de fait, je ne vous aurais pas posé ?

Une question qui me vient à l’esprit c’est la première collaboration, souvent la première collaboration on a peur qu’elle définisse notre carrière, ce n’est pas le cas j’avais vu une statistique de l’Ecole du barreau de Paris, qui disait qu’en moyenne la première collaboration, elle dure 6 mois, donc que les jeunes avocats se lancent dans l’aventure en essayant de ménager la pression qu’ils se mettent pour cette première expérience, et qu’il se rassurent sur le fait que c’est souvent la première expérience qui est difficile à avoir, le premier contrat qui est difficile à décrocher mais qu’il ne faut pas, se désespérer parce que dès le moment où on a le pied dans le métier, c’est toujours plus facile de se retourner. D’ailleurs ma première collaboration a duré 3 mois, j’ai été remise sur le marché du travail en plein Covid l’année dernière, à cause de problèmes de trésorerie, et j’ai eu la chance le mois d’après de rencontrer mon associée actuelle Oriana Labruyère et de rejoindre son équipe. Donc vous voyez même en période de crise, même quand on est confronté à un échec personnel, si on croit en soi et si on se donne les moyens on peut toujours rebondir, et je pense que c’est vraiment important que les avocats se fassent confiance, parce qu’il y a beaucoup d’avocats qui ont le syndrome de l’imposteur, surtout les avocats de moins de 40 ans. Et pourtant il y a une chose primordiale à retenir, c’est que la chance on la crée, on la provoque, c’est le travail qui paie donc leur place ils la méritent, ce n’est pas pour rien que d’ailleurs, Virgile disait « la chance sourit aux audacieux » et donc à mes consœurs et à mes confrère qui doutent d’eux, il faut qu’ils regardent le chemin de vie qu’ils ont parcourus et qu’ils soient fiers d’eux.

Avec tous les conseils que vous avez donnés, donc on vous connaît un petit peu plus, comment fait-on pour prendre contact avec vous si on a besoin ? 

Le plus simple, c’est le réseau social LinkedIn, c’est un réseau social que j’utilise énormément et qui permet de créer beaucoup de synergie, donc c’est le plus simple après pour les plus traditionnels, pour le numéro de téléphone ou pour les emails, ils peuvent tout trouver sur un moteur de recherche aujourd’hui.

Merci pour cet entretien extrêmement enrichissant.

Avec grand plaisir.

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