Pouvez-vous m’indiquer votre métier et me décrire brièvement en quoi il consiste ?

Je suis diplômée du CAPA, le certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Je viens de signer ma première collaboration au sein d’un cabinet qui intervient en droit de la concurrence et droit de la distribution. Et mon métier d’avocat consiste dans la représentation des intérêts de mes clients, tant en conseil qu’en contentieux, et c’est un métier d’implication, de dévotion, d’empathie et disponibilité.

Avez-vous imaginé de faire ce type de métier quand vous étiez enfant ?

J’aurais adoré vous répondre oui, c’est une vocation, mais ce n’est absolument pas le cas. Durant toute ma tendre enfance, j’ai souhaité être chirurgien vétérinaire équin. Donc soigner, opérer les chevaux. Vous me direz peut-être, pourquoi ? Tout simplement parce que je faisais de l’équitation, que les chevaux faisaient partie de mes rêves, de mon cadre de vie et donc je souhaitais les intégrer à ma profession, je souhaitais tout simplement faire de ma passion mon métier. Mais je pense qu’on grandit, nos idées changent, nos rêves et nos désirs aussi, et ça a été le cas. 

Y’avait-il des avocats autour de vous après dans l’enfance ou dans l’adolescence ?

Non plus, pas d’avocat dans la famille ou dans l’entourage proche.

Quel est votre parcours d’étudiant ?

Je vais passer la partie, je pense, primaire, collège et concernant le lycée j’ai donc effectué un bac littéraire que j’ai obtenu. Et après ce bac je me suis orientée en fac de droit. J’ai été à la faculté de Cergy-Pontoise, puisque j’ai débuté par une licence de droit intégrée, une licence de droit franco-allemand, qui s’appelait licence intégrée et j’ai fait 3 ans en licence à Cergy-Pontoise. Ensuite j’ai rejoint l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour effectuer ma première année de master en droit européen et j’ai effectué ma deuxième année de master en droit économique de l’Union européenne, également, à l’université Panthéon-Sorbonne. J’ai à l’issue de Master 2, effectué mon premier stage en cabinet d’avocat. C’était au sein du cabinet Fréget, qui intervient en droit de la concurrence et de la régulation sectorielle. Et j’ai ensuite passé l’examen du CRFPA. Pour dire plus simplement, qui est l’examen du barreau, qui permet de rentrer à l’école des avocats et donc j’ai obtenu, et je suis rentrée à l’école des avocats, qui est une formation en 1 an et demi, avec 6 mois de cours théoriques et ensuite 2 fois 6 mois de stage, au sein de cabinets d’avocats, d’entreprises, d’associations, etc. Et pour ma part, j’ai réalisé les premiers 6 mois de stage à Paris, au sein du département droit européen et droit de la concurrence du cabinet Reed Smith, et j’ai ensuite effectué les 6 derniers mois de stage de mon parcours à l’école des avocats, au sein du département concurrence, du cabinet Bowmans, en Afrique du Sud, à Cape Town. Donc voilà, pour dresser mon parcours brièvement.

Y a-t-il eu un déclic pour orienter ce parcours, on va dire en deux temps. Déjà, pour l’orienter par rapport au choix des études juridiques et ensuite par rapport à votre spécialité.

Alors je dirais qu’au lycée, et je n’étais pas très impliquée dans mes cours, j’ai plutôt profité de cette période puisque je savais que je voulais aller en fac de droit et que je ne voulais pas faire de ces années de fac, des années de fête, ou de… Où j’allais profiter, puisque je savais que je voulais réussir mes études de droit. Après, vous dire pourquoi le droit, je suis incapable, même en ayant réfléchi longuement, je n’ai aucune idée. Mais ce que je peux vous dire, c’est que j’ai eu un vrai déclic concernant mon intérêt pour le droit européen. Quand j’étais en 3e année licence, j’ai eu pour la première fois des cours de droit européen et j’ai trouvé ça vraiment fabuleux de découvrir ce qu’est l’Union européenne, quelles sont ses institutions, à quoi elles servent, et concrètement dans la vie de tous les jours, parce qu’on est quand même citoyens européens, à quoi nous sert l’Union européenne, quelles sont les règles qui peuvent nous toucher, qui sont édictées par l’Union européenne, pour faire simple. J’ai trouvé ça très intéressant que cet ordre juridique, très particulier, s’intègre dans nos propres systèmes juridiques internes, et notamment le système juridique français. 

Donc c’était un attrait pour la particularité et l’originalité de cette union, qu’est l’Union européenne, et c’est pour cela que j’ai décidé de, d’ensuite, candidater au master en droit européen de la Sorbonne, où j’ai été acceptée, et ensuite, pendant de cette première année de Master, j’ai eu des cours de droit de la concurrence, qui étaient dispensés par Madame la professeur Catherine Prieto et ses cours étaient extrêmement passionnants. C’est une femme très originale, très théâtrale, mais qui connait son sujet, qui maîtrise le droit de la concurrence comme personne, qui sait l’enseigner et transmettre son goût et sa passion pour ce droit et c’était des cours géniaux, c’était des moments extrêmement riches d’enseignements, et donc c’est comme cela que j’ai su que j’avais, en droit européen, une préférence pour le droit de la concurrence européen, et c’est pour ça que j’ai décidé ensuite de candidater au master 2 droit économique de l’Union européenne, puisqu’on avait pas mal d’heures de cours qui étaient consacrées au droit de la concurrence. Et j’ai, ensuite, décidé, tout simplement, d’essayer de réaliser un premier stage en droit de la concurrence et j’ai été prise au sein du cabinet Fréget et associés, à l’époque. 

Avez-vous eu un mentor, ou peut-être plusieurs, dans votre cas ? 

Oui, alors, je n’ai pas un mentor en particulier, mais plusieurs personnes qui m’ont aidée et orientée dans ce choix et dans ce goût et cette passion, surtout pour le droit de la concurrence. Tout d’abord, et je viens de la citer, Madame la professeur Catherine Prieto, qui est une femme, et je le répète, en tout cas, en tant que professeur qui est extraordinaire, qui a une manière de dispenser ses cours qui est très particulière. Je me souviens qu’elle nous transmettait des slides, qui sont donc des documents PowerPoint si je peux dire, et ce n’était que des mots-clés et nous devions apprendre nos cours de droit de la concurrence, simplement en mots-clés, puisqu’elle souhaitait qu’on… L’examen final est en fait une dissertation en mots-clés et c’était très spécial, très spécifique, mais ça aide à construire un raisonnement et ça aide à se structurer dans son raisonnement juridique. Donc voilà, c’est pour ça que je voulais la citer et lui rendre honneur dans ce podcast. Les autres personnes qui ont influencé ma carrière, si je peux dire, en tout cas, ma carrière étudiante, c’est toute l’équipe concurrence du cabinet Reed Smith Paris et donc j’aimerais les citer aussi, si c’est possible. Donc, tout d’abord, les deux associés qui sont Natasha Tardif et Marc Lévy qui sont des associés, à l’écoute, emphatiques, gentils et surtout bienveillants. Ils sont tous les deux, un binôme de travail, extrêmement dynamique, c’est vraiment un moteur pour l’équipe. À l’époque, cette équipe était constituée de 5 collaboratrices qui sont Lucile Chneiweiss, Aurélie Serna, Audrey Augusto, Khushbu Kumar et Aurore Boyeldieu. L’équipe est actuellement composée autrement, mais je les ai vraiment toutes les 5 vraiment appréciées. Si je peux, en particulier, en citer une, c’est Audrey. Je ne sais pas si les coups de foudre professionnels peuvent exister, mais je sais que toutes les deux, nous fonctionnions en binôme, et j’avais vraiment l’impression que notre duo de travail fonctionnait bien. C’est une femme que je trouve totalement inspirante, juste dans ses raisonnements, qui sait rebondir, qui fait des liens avec beaucoup de disciplines juridiques et qui a une manière d’étudier, d’analyser les situations, qui est vraiment passionnante. Donc voilà pour les personnes qui m’ont influencée, si je peux dire, et je leur rends honneur ici.

Auriez-vous des conseils à donner à des étudiants qui souhaiteraient un peu suivre votre parcours, d’une certaine façon ?

Alors oui, c’est un parcours long, riche mais long. Le stress et l’angoisse sont continuellement présents. Mais si je pouvais donner des conseils, et je pense que c’est assez général, il faut être extrêmement persévérant, il faut être déterminé, il faut savoir avoir de l’ambition, et ne pas avoir honte d’avoir de l’ambition. Moi je me souviens que quand j’étais au lycée, et que je disais à mes professeurs que je souhaitais être avocate, c’était un lycée de campagne, mes professeurs me regardaient avec des grands yeux, en disant pour faire du droit, il faut aller à Paris, il faut s’accrocher. Alors que je trouve qu’il faut plutôt encourager les jeunes et leur dire, tu peux être ambitieux, c’est OK, si tu as les moyens, alors donne-toi les moyens, suis cette voie, et tu vas y arriver. Donc l’ambition, c’est un moteur pour moi. Également pour ceux qui sont dans leurs études de droit, déjà, je leur dirai qu’il faut garder la tête froide, parce que, généralement, par exemple, moi je me souviens, pour mon cas personnel, lorsque j’arrivais au partiel, donc ceux sont les examens de fin de semestre, j’arrivais totalement angoissée. Je connaissais mes cours sur le bout des doigts, mais j’étais totalement angoissée et devant ma copie parfois, j’avais l’impression de ne rien connaître. Donc en fait, il faut garder la tête froide, se dire qu’on a appris, que l’on connait notre sujet. Il faut savoir le restituer et surtout structurer son raisonnement. Donc voilà mes conseils pour ceux qui ne sont pas encore dans le droit ou qui ont déjà commencé.

Vous avez fini vos études et vous n’avez pas encore prêté serment. Pouvez-vous m’expliquer votre situation ?

Bien sûr. Alors je suis donc, je le disais en introduction, titulaire du CAPA, qui est le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat, donc c’est le dernier diplôme de notre cursus étudiant, que nous obtenons à l’issue de l’école des avocats, après des examens écrits et oraux. Et j’ai ce diplôme depuis octobre 2020 et donc j’ai été à la recherche d’une collaboration pendant quelques mois, ce qui a été sans vous le cacher, assez difficile en raison de la pandémie, ça a un petit peu bougé tous les horizons de chacun, et ça nous a obligé, voilà, à nous recentrer sur nous-mêmes, à essayer d’y croire et à prendre en compte le facteur temps, qui est nécessairement plus long, en ces temps de pandémie, puisque les entreprises, que sont les cabinets d’avocats, ont aussi des budgets qui ont été freinés par la pandémie. Mais j’ai trouvé, je viens de signer dans un cabinet qui est donc… Qui intervient en droit de la concurrence et de la distribution. Qui est un cabinet que je suis très heureuse de rejoindre, et si vous me permettez de le citer, c’est le cabinet « Loi et stratégie » qui est animé par Nicolas Genty, qui était associé autre fois, au sein du cabinet EY et qui est parti avec ses collaborateurs pour fonder sa structure, donc, c’est un très beau projet, qui est né en 2019, et depuis, Nicolas et toute son équipe brille, et je sais que l’avenir de ce cabinet est radieux. Je suis vraiment heureuse de le rejoindre et je remercie Nicolas et son équipe de m’avoir tendu cette main. 

Donc moi, je suis un peu, enfin totalement néophyte par rapport au milieu juridique, donc là, vous allez rejoindre un cabinet. Alors, ma question, c’est quand vous allez prêter serment ? Parce que c’est une journée très importante.

Oui c’est une journée très importante, c’est une journée qu’on a tous en tant qu’étudiant idéalisé. Encore une fois la pandémie est passée sur notre chemin et la prestation de serment se fait maintenant en distanciel. Donc nous ne récitons plus notre serment, mais nous devons simplement être devant notre ordinateur et signer un papier. Donc c’est vrai que, la prestation de serment perd un petit peu de sa grandeur, si je peux dire, puisque quand on prête serment, c’est donc devant la cour d’appel. Donc pour ma part, ça aurait été dans la cour d’appel de Paris, en robe, et donc c’est généralement un moment où toute la famille se joint à nous pour nous célébrer et surtout célébrer cette belle réussite. Mais…

On peut, peut-être espérer qu’il y ait, une sorte de célébration à un moment qui sera peut-être un peu plus clémente ?

A priori, l’ordre, en tout cas, l’ordre des avocats au barreau de Paris prévoit une sorte de cérémonie de rattrapage. Donc nous espérons que ce sera le cas, puisque ça a été une grande déception cette prestation de serment en distanciel, pour beaucoup d’entre nous. Mais je vais prêter serment dans quelques semaines, mais je ne peux pas vous dire de date exacte pour l’instant, puisque je suis dépendante de l’ordre, à qui nous devons adresser un tas de documents qui sont ensuite analysés par leur service, ce qui prend du temps. Mais ce sera dans les prochaines semaines, et je dirai dans les 1 à 2 mois qui arrivent. 

Et pour m’expliquer un peu, pour prêter serment il faut avoir commencé à travailler dans un cabinet ? C’est ça le…

Alors il ne faut pas forcément avoir commencé à travailler, mais il faut avoir trouvé un cabinet et signé un contrat de collaboration. Mais par exemple, la situation générale, c’est qu’un élève avocat effectue son dernier stage dans un cabinet et généralement ce cabinet le recrute. Donc entre la fin de son stage qui est généralement en juillet, et l’obtention du diplôme du CAPA qui permet de prêter serment en octobre, généralement entre juillet et octobre, l’élève avocat va avoir un contrat de juriste. Il n’aura donc plus le statut de stagiaire et sera rémunéré comme un juriste, en attendant sa prestation de serment. Et dès que l’élève avocat, enfin, pardon, le juriste aura prêté serment, il sera donc considéré comme avocat, et là, ce sera donc le régime de l’avocat salarié, ou libéral qui s’appliquera.

Une question rituelle du podcast est de connaître le meilleur souvenir professionnel de l’inviter. Quel est-il dans votre cas ?

Alors, je dirais que j’en ai deux, et je m’excuse, mais ils ne sont pas liés à des dossiers que nous aurions brillamment gagnés, ou quoi, ou qu’est-ce, devant des juridictions, pas du tout. C’est plutôt le premier des rencontres, la première qui est une rencontre en Master 2, donc j’ai rencontré ma meilleure amie actuelle, qui est également en train de suivre le chemin de l’avocature. Et donc c’est génial d’avoir quelqu’un qui fait la même chose que soit, et ça permet d’avoir une épaule qui comprend nos doutes et nos craintes, mais également nos joies et nos réussites. La deuxième rencontre très importante a été mes co-stagiaires, lors de mon stage à Reed Smith Paris, où j’ai rencontré toute une équipe de stagiaire totalement génial avec qui on a passé énormément de temps au cabinet. Et donc, quand nous passons 12 ou 15h par jour avec les mêmes personnes, ça facilite les amitiés. Et ces personnes sont devenues mes amis, et ces personnes sont également en train de devenir mes confrères, consœurs, donc pareil, c’est une rencontre qui a changé, et qui changera ma vie, puisque ce sera des épaules pour le reste de ce chemin en tant qu’avocats, et je sais que nous pourrons nous entraider si nous avons des questions. 

Par exemple, moi j’interviens en droit de la concurrence, mais je peux avoir des questions à la marge, dans d’autres matières, qui nécessite un regard autre que le mien, lorsque je ne maîtrise pas mon sujet. Et un dernier souvenir marquant pour moi, a été le jour où j’ai appris que j’avais été prise pour partir en Afrique du Sud, puisque j’avais candidaté par moi-même au sein de beaucoup de cabinets en Afrique du Sud, sans penser que j’allais pouvoir être sélectionnée, puisqu’une française, encore étudiante, en droit de la concurrence, qui candidate en Afrique du Sud, je pense qu’à leurs yeux, c’était un peu étrange, et au final, j’ai eu la chance, de tomber sur Tamara Dini qui était, et qui est encore, qui est la fondatrice du département concurrence et qui est l’associée du département concurrence du cabinet Bowmans, qui est très ouverte, et qui m’a donné ma chance, et j’ai beaucoup appris durant ce stage, puisque j’ai découvert le régime de concurrence sud-africain, qui est donc différent du régime européen et du régime français de concurrence. J’ai découvert d’autres régimes, à la marge de la concurrence, donc le régime namibien, par exemple le régime angolais, et voilà c’était vraiment génial, donc voilà pour mes souvenirs marquants, je dirais. 

Je souhaite à travers ce podcast, bien faire comprendre les spécificités de votre profession. Vous exercez, vous allez très bientôt exercer en droit de la concurrence, pouvez-vous m’expliquer la spécificité de ce domaine ?

Avant d’expliquer la spécificité, j’aurais aimé, si vous le permettez, Hervé d’expliquer ce qu’est le droit de la concurrence, tout simplement parce que c’est vrai que, je pense que, peut-être, que nos auditeurs ne maîtrisent pas forcément ce paramètre. Donc tout d’abord, ce que je voulais plutôt expliquer, c’est que “concurrence », quand on revient à l’étymologie latine du mot, veut dire courir avec. Donc la concurrence, c’est pouvoir exprimer ses mérites dans une course. La concurrence c’est donc un moyen pour les entreprises de faire valoir leurs mérites sur les marchés. Le droit de la concurrence il est là, pour permettre aux acteurs, donc aux entreprises, de faire valoir leurs mérites sans entraves. Mais parfois certaines entreprises, grâce à leur pouvoir de marché, vont vouloir entraver les mérites d’autres entreprises, donc cela va créer des entraves ou des distorsions de concurrence. Le droit de la concurrence est là pour cela, pour garantir le bon fonctionnement des marchés. C’est l’objectif premier. Garantir un fonctionnement – je dirai sain – des marchés, parce que le but final est le bien-être du consommateur. Puisqu’effectivement, pour vous donner un exemple, si des entreprises s’entendent sur un marché, elles vont figer le marché, elles vont empêcher par exemple de fixer des prix libres, elles vont empêcher l’innovation, elles vont empêcher de créer de nouvelles gammes de produits, et donc le consommateur, qui est l’utilisateur final des produits, va être lésé. Donc le droit de la concurrence est là pour cela, pour protéger les marchés, dans le but de favoriser le bien-être du consommateur. 

Il faut bien voir que si on n’avait pas le droit de la concurrence, l’économie serait totalement cartellisée, et je voulais justement peut-être expliquer comment est né le droit de la concurrence, il faut savoir qu’on a remarqué, dès l’Antiquité, qu’il y avait une lutte contre les coalitions et les monopoles et le droit de la concurrence, que nous avons actuellement, il est tout simplement né aux États-Unis, à la fin du 19e siècle. Pour ceux qui connaissent, il est né du Sherman Act, qui est connu comme la loi antitrust, parce qu’à l’époque, il fallait lutter contre les conglomérats d’entreprises dans les secteurs de l’acier, du pétrole et de la banque. Donc, en fait, cette loi s’opposait aux pratiques commerciales qui restreignaient la concurrence. Alors comment ? Tout simplement, cette loi interdisait à une entreprise, qui détenait un monopole, de s’en servir et de l’utiliser pour contrôler un autre secteur. Donc le droit de la concurrence est apparu comme ça, aux États-Unis. C’était de l’antitrust, comme on l’appelle. Et en Europe, donc dans l’Union européenne, c’est en 1951, avec le traité CECA, qui est le traité qui institue la Communauté Européenne de Charbon et de l’Acier, que l’on retrouve les premières traces du droit de la concurrence, puisqu’en fait le charbon et l’acier, à l’époque, c’étaient des secteurs stratégiques d’après-guerre, et il fallait pouvoir contrôler ces secteurs pour qu’aucune entreprise, notamment en monopole, ne se l’accapare. Enfin, les règles que l’on connaît, je dirais, les règles modernes de concurrence, on les retrouve, dès le traité de Rome, en 1957.

Donc en fait, grâce à l’Union européenne, nous avons une politique de concurrence qui est harmonisée, et ce qui est une spécificité pour répondre à votre question du droit de la concurrence, c’est que nous avons un niveau européen du droit de la concurrence, qui irrigue tous les systèmes juridiques des États membres. Donc nous avons un niveau européen de concurrence, qui va venir irriguer les systèmes juridiques de tous les États membres. Donc nous, en droit français, nous avons des règles de concurrence, tant européennes que françaises. Donc voilà une spécificité, si je peux dire, du droit de la concurrence. Ensuite peut-être, pour ceux qui se demandent qu’est-ce qu’englobe le droit de la concurrence ? Qu’est-ce qu’il y a dans cette matière ? Qu’est-ce que ça comprend ? Alors j’ai essayé de faire un court résumé des matières que l’on pouvait retrouver, parce qu’en fait le droit de la concurrence est un carrefour de plein d’autres matières. Tout d’abord, on rencontre le droit des contrats, puisque des acteurs économiques qui souhaitent nouer des relations commerciales vont conclure un contrat. Donc le droit de la concurrence comprend le droit des contrats. Ensuite le droit de la concurrence comprend aussi le droit à la distribution. Pourquoi ? Tout simplement parce que le droit de la distribution, ça organise une fonction vitale. C’est-à-dire que, ce droit permet aux producteurs, via les distributeurs de proposer leurs produits et leurs services. Ensuite on retrouve aussi le droit de la franchise, qui organise les relations franchiseur-franchisé. On retrouve également le droit des pratiques restrictives, je vais passer ce pan qui est un peu compliqué, peut-être.

Vous pouvez me redire le nom ?

Le droit des pratiques restrictives. Donc par exemple, je vais vous donner un exemple, je ne sais pas si vous connaissez ce terme, mais les juristes le connaîtront sûrement, la rupture brutale des relations commerciales établies. Pour vous donner un exemple, deux opérateurs économiques ou deux entreprises, qui sont dans une relation commerciale, par exemple depuis 10 ans, et un des opérateurs va décider pour une raison quelconque, par exemple financière, de décider de mettre fin au contrat, par exemple, sans préavis, sans prévenir l’opérateur qui est en face, donc son partenaire commercial, et donc ça c’est une pratique restrictive de concurrence. Donc c’est un exemple de pratiques restrictives. Il y en a d’autres, mais je vais peut-être passer pour donner des exemples plus parlants à nos auditeurs. Le droit de la concurrence c’est aussi le droit de la régulation sectorielle. Alors qu’est-ce que c’est ? Il y a des secteurs en droit français qui sont régulés, en droit européen aussi d’ailleurs, qui sont régulés, donc je vais vous donner un exemple, le secteur des transports, des télécoms, des médias, pour n’en citer que quelques-uns. Pourquoi ces secteurs sont régulés ? C’est parce que c’est des secteurs qui étaient sous monopole, donc monopole de l’État. Et donc les règles de concurrence s’appliquent à ces secteurs, mais elles s’appliquent de manière différenciée par rapport à d’autres secteurs de l’économie, à d’autres marchés. Le droit de la concurrence, c’est ensuite le droit des pratiques anticoncurrentielles. Alors qu’est-ce que c’est ? Ça je pense que ça va parler à nos auditeurs, c’est le droit des ententes et des abus de position dominante. Donc je ne sais pas si vous savez ce qu’est une entente, et ça répond d’ailleurs à une de vos questions suivantes, c’est aussi ce qui est appelé cartel. Ceux sont tout simplement deux ou plusieurs entreprises qui vont s’entendre et coordonner leurs comportements sur un marché pertinent, un marché donné, pour par exemple se répartir les marchés, s’entendre sur les prix.

C’est pour ça que vous avez utilisé le terme « cartellisé » tout à l’heure. 

Exactement, et les ententes sont strictement prohibées. Alors, certaines formes d’ententes sont strictement interdites, notamment sur les prix, puisque cela fige le marché et ne permet pas à d’autres opérateurs qui voudraient par exemple, pénétrer un marché, de pouvoir rentrer sur ce marché, cela fige le marché pour les consommateurs qui n’ont plus de choix. Cela empêche d’innover, puisqu’il n’y a pas plus de raisons d’innover, puisque de toute façon, les prix sont fixés et donc il y aura forcément des consommateurs pour les acheter, voilà, c’est un exemple. Et le droit des pratiques anticoncurrentielles, qui donc, du droit de la concurrence, comprend aussi les abus de position dominante. Un abus de position dominante, c’est une entreprise qui a une position dominante sur un marché donné, et qui va en abuser.

On ne citera pas de noms.

On ne citera pas de noms. Je pense que cela va parler à tout le monde, chacun connaît, actuellement..

Les moteurs de recherches…

Oui, les opérateurs dominants, que sont les GAFA, notamment. Le droit de la concurrence c’est aussi le droit des concentrations, donc je pense que chacun sait ce qu’est qu’une fusion d’entreprises. Donc ce sont deux entreprises qui vont se rapprocher et parfois tout simplement, ce rapprochement va poser des problèmes de concurrence. Et enfin le droit de la concurrence, c’est aussi le droit des aides d’État. Alors pourquoi ? Eh bien tout simplement, parce que parfois, les États vont décider d’aider certaines entreprises qui sont en difficulté économique. Et cela peut créer des problèmes de concurrence, puisque cela va favoriser une entreprise au détriment d’une autre. Et l’actualité, à cause de la pandémie, donne un bon exemple. Et je peux vous citer, par exemple, la recapitalisation d’Air France par l’État français. Ça, c’est une aide d’État, ça vient d’être accepté par la Commission européenne, et c’est un exemple de droit de la concurrence, puisque c’est une aide d’État. Donc j’espère ne pas vous avoir perdu, puisque je sais que c’était assez complexe, mais pour répondre à votre question sur ce qu’est la spécificité et quelles sont les particularités du droit de la concurrence, je dirais déjà que c’est 2 niveaux de règles : droit européen et droit français. Et ensuite, les spécificités, ce sont les autorités qui surveillent le droit européen et le droit français de la concurrence et qui mettent en œuvre ces droits. On a l’Autorité de la concurrence et la Commission européenne. Et enfin, je dirais, la dernière spécificité, c’est tout simplement que c’est une matière riche et plurielle, puisqu’elle est au carrefour de plein d’autres matières juridiques.

Merci beaucoup pour toutes ces explications, je ne pensais pas que la réponse serait aussi dense en posant une simple question, et je vous remercie beaucoup pour tous ces éclaircissements. Vous nous avez expliqué tous les domaines du droit de la concurrence. Est-ce que vous auriez un ou deux exemples, où vous pourriez être amenée à intervenir ?

Oui. Alors, j’ai décidé de donner des exemples de dossiers que j’ai eu à traiter. Bien sûr en respectant la confidentialité, donc je ne pourrai citer aucun nom d’entreprises. Et je sais que vous comprenez. La confidentialité est au cœur de notre serment et de notre métier. Mais pour vous donner des exemples, je dirais que j’ai déjà eu à intervenir, bien sûr, sous l’égide et sous le nom du cabinet pour lequel j’étais en stage, bien sûr, j’ai pu intervenir sur un jeu concours. Alors on se dit ce n’est pas le droit de la concurrence, qu’est-ce que c’est ? C’est étrange. En fait, c’était un client qui souhaitait mettre une opération promotionnelle en place et qui a fait appel aux services du cabinet dans lequel j’étais en stage, pour mettre en place le jeu-concours. Il y a également, par exemple, la pratique du blacklisting. Je pense que cela parle à nos auditeurs. C’est le fait, par exemple, quand un utilisateur d’un jeu en ligne ne respecte pas les règles du jeu, par exemple, insulte, harcèle d’autres joueurs et cette pratique, en fait, poses question, puisque le client souhaitait savoir si le fait de blacklister quelqu’un, relève du droit des données personnelles. Je ne sais pas si vous avez eu à connaître du RGPD, qui est le règlement européen qui protège les données personnelles.

La 1ère invitée a abordé ce sujet.

Voilà. Et bien c’est un droit qui est au carrefour, parfois du droit de la concurrence et qui questionne, et donc j’avais eu à répondre à cette question. Pour également donner un autre exemple parlant, et qui est très intéressant, qui m’a beaucoup plu. J’ai eu à traiter d’une opération de concentration, donc d’un rapprochement d’entreprises en Nouvelle-Calédonie, dans le secteur des explosifs civils. Donc là c’était vraiment génial, ce n’était pas un jeu d’enfant, je dirais, puisque c’était extrêmement compliqué et déjà on intervenait en Nouvelle-Calédonie. Donc, bien sûr, c’est un territoire ultramarin, qui fait partie de la France, mais les règles de concurrence là-bas s’appliquent de façon différenciée, puisque justement, c’est un secteur ultramarin. Et l’autre spécificité de ce dossier, c’était le secteur des explosifs civils, que je ne connaissais absolument pas, et qui est tellement passionnant et compliqué.

Sujet explosif.

C’est ça, c’était très explosif. Voilà, et je dirais ensuite, des exemples plus classiques, comme l’analyse d’un contrat de franchise, où par exemple là, le travail est d’analyser le contrat et de dire au client, attention. Nous, on était du côté du franchiseur, donc celui qui met en place le réseau de franchise, et on devait dire au client, attention, là tu risques telle chose avec telle sanction, peut-être que tu devrais faire comme cela, comme ceci. Là ça ce n’est pas possible, il faut que tu revoies, que tu enlèves. Donc voilà, c’est de l’analyse de contrat. C’est quelques exemples peut-être parlants j’espère pour les auditeurs parmi tant d’autres. 

Les avocats font parties des professions réglementées, dans le secteur juridique, comme les notaires, les huissiers de justice et autres commissaires-priseurs. Quels sont les vecteurs de communication dont vous disposez ?

Alors je vais essayer de vous structurer ma réponse. Déjà je dirais classiquement et maintenant, surtout dans l’ère numérique, dans lesquels nous avons les supports numériques. Donc je dirais principalement les réseaux sociaux. Moi j’utilise principalement LinkedIn. Je sais que maintenant on utilise aussi Instagram, donc c’est plutôt une bonne chose je trouve. Ensuite, il y a les avocats et les cabinets qui ont leur propre site internet. Ensuite on a également les blogs. Donc par exemple, en droit de la concurrence, je ne sais pas s’il y a des auditeurs qui sont étudiants ou avocats, ou seulement intéressés par le droit de la concurrence, mais pour vous en citer quelques-uns, il y a de blog d’Alain Ronzano qui est extrêmement riche où Alain Ronzano poste beaucoup d’actualité, a une bonne analyse, est assez intéressant. Et enfin, je citerai un blog qui est écrit en langue anglaise, mais qui est extrêmement bien fait et passionnant, qui s’appelle, ChillinCompetition qui est très intéressant, et je remercie l’équipe Reed Smith qui m’avait fait découvrir ce blog que je ne connaissais pas. Donc d’abord les supports numériques, pour vous répondre. Ensuite classiquement, les supports papier, les journaux et les livres. Sachant que les livres dans la profession, c’est vraiment une source importante et riche. Et puis, je voudrais ensuite parler des conférences et des séminaires que nous avons beaucoup explorés pendant la pandémie, avec les webinars, qui sont des séminaires en ligne, en fait. Mais qui sont très intéressant pour communiquer sur son métier ou sa matière, et ensuite, je citerai les supports audio et les supports visuels comme la radio, la télévision mais aussi le podcast, c’est d’ailleurs pour cela que je suis ici, parce que je trouvais ça… Ça va peut-être répondre à votre question suivante, donc je ne vais pas l’anticiper, mais je trouve que c’est un formidable canal de communication.

Alors quelle est la question suivante ? C’est justement, quels sont les autres canaux de communication qui pourraient vous mettre encore plus en lumière, et auxquels tout le monde ne pense pas.

Et bien justement, ma réponse c’est le podcast. Alors pas pour vous mettre en lumière, mais simplement, parce que c’est un chouette format. Parce que nous n’avons pas à lire le support sur lequel le podcast est, puisqu’en fait il s’agit d’écouter, donc on peut l’écouter partout, on peut l’emporter partout avec soi, l’arrêter, le reprendre, je trouve ça très pratique. Et ensuite peut-être, parce qu’entendre la voix de quelqu’un, la façon de s’exprimer est peut-être rassurant, ou pas du tout, donne confiance, ou pas du tout, et en fait ça donne une première impression de la personne, qui peut être bien sûr, une impression qui est mauvaise puisque la personne sera différente dans la réalité, mais je trouve que ça permet une proximité et c’est très utile.

La langue française est partie intégrante de votre métier. Il y a maintenant un petit rituel dans ce podcast pour chaque invité, c’est de connaître le mot ou l’expression, peu usité, que vous appréciez tout particulièrement.

Alors je rigole en pensant à ce souvenir, mais je vais faire honneur à mon professeur de droit des contrats et droit des obligations, durant ma prépa à l’examen du barreau, qui est donc Monsieur Soubelet que j’adore et qui est adoré de tous qui, à chaque fois, nous sortait de son chapeau des locutions latines, comme un sorcier, un magicien, je ne sais pas quel côté on se place, et qui nous sortait des locutions latines à tout bout de champ, mais il y en a une qui est très utile pour les étudiants et les avocats que nous sommes et que je vais devenir, qui est donc la locution suivante : “specilia generalibus derogant”. Qui veut dire, le spécial déroge au général. Et en fait dans notre métier, dans le droit, les règles spéciales dérogent toujours aux règles générales, toujours. C’est un principe qui ne souffre d’aucune exception et donc c’est très utile pour les étudiants, pour les avocats, pour tout le monde. Et j’aime cette locution, elle me fait penser à Laurent Soubelet et je rigole en y pensant et c’est un chouette souvenir.

À l’inverse, y a-t-il un tic de langage, à l’oral cette fois-ci, que vous n’appréciez pas beaucoup ?

Alors j’ai essayé de chercher, je ne dirais pas qu’il y a un tic de langage que je n’apprécie pas, puisqu’on en a tous, et on essaie tous de faire de notre mieux pour les enlever, les gommer.

L’idée c’est d’essayer de s’améliorer, de voir finalement, où on pêche un peu, pour essayer de se rattraper un peu.

Exactement, je dirais simplement, qu’en tant que juriste, futur avocat, il est important que le client comprenne et maîtrise le sujet, l’enjeu, les risques et la réponse à sa question. Donc je pense qu’il est extrêmement important que lorsque l’on s’adresse à un client, qui est non-juriste, il faut parler un langage qui n’est pas juridique, pour que le client comprenne. Et certains avocats disposent d’un langage très soutenu, avec un vocabulaire très compliqué, et parfois c’est difficile de suivre. C’est un conseil qu’il faut s’appliquer à nous-mêmes, bien sûr, en premier.

Vos propos ont été extrêmement clairs. On vous connait un petit peu plus, si l’on souhaite prendre contact avec vous, comment fait-on ?

Tout simplement sur LinkedIn, et si je pouvais rajouter un dernier mot, je vous remercie et je suis honorée d’avoir été l’invitée de cet épisode, je vous remercie chaleureusement, et c’est un grand plaisir. Ce sont toujours des échanges enrichissants. J’espère que les auditeurs apprécieront également et j’ai hâte d’avoir leurs retours.

C’est moi qui vous remercie beaucoup.

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